Mon festival jazz dans la capitale …

On a envie d’aller partout, de sillonner la France, porté par toutes les musiques du monde… Mais voilà cet été on reste à Paris. Allons ! félicitez-vous en braves gens : prenez un café à L’institut suédois dans le Marais, faites un tour dans le splendide nouveau Musée Picasso  (je vous conseille son Café sur le toit pour prendre de la hauteur et du bon temps) et réservez vos week-ends au Paris Jazz Festival dans le cadre somptueux du parc floral  (métro Château de Vincennes) placé cette année sous le signe des rencontres avec  des capitales particulièrement dédiées à cette musique. Après Londres, Rome et Tel Aviv, vous êtes conviés à New York, Bamako, Stockholm. Bouquet final les 25 et 26 juillet avec la trompettiste Airelle Besson sur le thème de… l’éternité. Ah oui ! un bel été.

En lien ci-dessous ma chronique radio, dans Le monde est un village (à la minute 14 sur la RFTB, qui devrait, je crois, vous convaincre de découvrir ce lieu utopique. D’ores et déjà, notez le dimanche 5 à 15h30 le pianiste de Harlem, Jason Moran, avec Leron Thomas (trompette, voix), Lisa E. Harris (voix) Tarus Mateen (basse), Charles Haynes (batterie). (arrivez une petite heure avant, c’est plus sûr).

Et tout le programme sur le site du Festival www.parisjazzfestival.fr

Dernière heure : Bruno Pfeiffer sur son bluffant Blog Ca va jazzer  interviewe le contrebassiste Stephane Kerecki à propos de son dernier cd Nouvelle Vague. Je l’ai applaudi  à Paris Jazz Festival et tout ce qu’écrit Bruno est vrai ! Une merveille. http://jazz.blogs.liberation.fr/2015/07/05/pour-stephane-kerecki-ascenseur-requis/

 

T'as fait ta valise ?

Si vous n’avez pas encore bouclé votre sac et que vous repoussez sans cesse cette étape pathétique sur la route des vacances,  lisez donc ma nouvelle Tourbillons paru dans un recueil Dimension Moscou, éditions Rivière blanche. Comment ? En copiant  le lien ci-dessous , puis en cliquant à gauche sur « lire une nouvelle en pdf »

http://www.riviereblanche.com/dimmoscou.htm

Vintimille : témoignage

Refugi??s ?? la Fronti??re Menton 2015 -5 Refugi??s ?? la Fronti??re Menton 2015 -2Refugi??s ?? la Fronti??re Menton 2015 -4J’ai reçu le témoignage d’une lectrice du blog reproduit ci-dessous. Alors, bien sûr,  ce n’est pas si simple, même Robert Badinter le disait ce mercredi matin 17 juin  sur France Inter. Mais il disait d’abord, en substance,  qu’il y avait un principe majeur qui gouvernait le reste : faire preuve d’humanité. Ce qui n’est de toute évidence pas le cas.

Les pétitions, c’est trés bien; mais je remarque que les gens préfèrent être solidaires de loin….J’habite une moitié de l’année ici, juste à la frontière France-italie, là où tous ces malheureux (et malheureuses!) demandent urgemment une solution à leur problème.
Ils vivent , mangent, dorment dehors, avec des couvertures de survie de la Croix Rouge. Ils sont maigres et désespérés. La police française se livre à une chasse quotidienne , indigne d’une démocratie: fouiller tous les trains, à toutes les gares(bonjour la circulation!) entre Garavan( sortie de Menton) et Nice…. Ceux qui sont sans papiers sont ramenés en Italie. Ce rodéo ridicule a lieu 3, 4, 5 fois par jour. cela dure depuis prés d’une semaine. Des personnes émues de leur situation sont venues leur porter eau et nourriture… dimanche, la police municipale a empêché les voitures de passer, ça devenait plus difficile. La police est omniprésente. Nous avons vu un contrôler de la SNCF signaler des migrants à la police; et quand elle les embarque, nous ne voyons aucune association, aucun groupe, aucune personne demander des comptes, comme nous sommes en droit de le faire. La police est payée par nos impôts, nous avons le droit de savoir à quoi elle sert ! Seul un journaliste s’est obstiné à demander à les accompagner, ce qui lui a été refusé.
En allant faire nos courses en Italie, à trois kms d’ici, nous avons trouvé des familles épuisées avec de jeunes enfants qui campaient dans la gare. les Italiens compatissants avaient visiblement fourni du matériel pour bébés, des jouets, des vêtements des médecins étaient là. Les soir à notre retour, on leur organisait un dortoir dans une aile désaffectée de la gare. Tous les jours nous prenons des photos.
Ce qu’il faudrait , c’est une désapprobation massive et visible de la population, mais elle n’a pas lieu, que des initiatives isolées.
Bien tristement
Michelle Colmard-Drouault
Photos André Leblanc

L'oiseau de paradis

Un cadeau de notre ami Michel Antelme

« Pour ceux qui n’auraient pas encore vu l’Oiseau de Paradis, il faut combler cette lacune. Film réalisé par Marcel Camus en 1962 au Cambodge, avec beaucoup de danses, un film français avec des acteurs cambodgiens (doublés, donc parlant français comme dans les films des années 60, et c’est très drôle d’entendre l’actrice khmère principale dire à un moment ស្លឹក​ពោធិព្រឹក្ស​រំឭក​ការ​ពិត avec une voix à la Catherine Deneuve ou à la Françoise Hardy [quand elles étaient jeunes]).
Cela ressemble un petit peu au Cambodge d’aujourd’hui, sauf que les gens n’avaient pas de téléphones portables, s’habillaient autrement, les filles n’avaient pas encore les cheveux blonds, les voitures n’étaient pas les mêmes, et il n’y avait pas de moto doup, que des cyclos : https://www.youtube.com/watch?v=J1Y1VSEYyjI résolution pas très bonne, un peu meilleure ici :








Jardin d'écriture

Ecrire dans le parc des Buttes Chaumont… les mots comme les feuilles des arbres, mouvants, émouvants. Un moment que vous n’oublierez pas.

Le vendredis  26 juin et 3 juillet de 14h00 à 16h30
40 euros
plus d’infos : danecuypers@yahoo.fr

Brèves de fiel et brèves de miel

YAHOO . Mon Yahoo prétend désormais savoir mieux que moi ce que je veux écrire. Ça donne Merci de jeter un poil au lieu de Merci de jeter un œil. C’est classe, ça en jette effectivement, surtout lorsque le mail est destiné à un éditeur… Merci mon Yahoo !

VAPOTER. Des pubs nous encourageant à « vapoter » !  C’est d’une élégance…

PESANT. Pub encore de France Inter chaque soir avant mon émission d’actualité préférée,  28 minutes. Le montage de quelques vannes faites par les journaliste de la radio devient vite  insupportable.  «  Vous voulez dire qu’en apprenant la nomination de Macron au Medef on a volé l’orgasme « ou « La Belgique qui ressemble à un cerveau et qui est posé où? au dessus de la France » … à force c’est pesant. Mais qu’est-ce qui leur a pris à France Inter ? En plus le blé que ça doit représenter, j’aime mieux pas y penser.

SUREAU. Vous êtes en train de travailler au café Rosa Bonheur dans le Parc des Buttes Chaumont, vous avez une grosse envie d’un petit truc sucré. Arrive un mec d’une trentaine d’années qui s’asseoit en face de vous en s’excusant car il mord un peu sur votre Mac. Il vous propose un morceau de brioche contre la consultation du livre de Kazantzaki posé sur la table. Il doit attendre et il n’a rien à lire. On parle. Il s’appelle Mathieu, il est jardinier dans le parc. Il  nomme les arbres autour de nous – à part l’arbre de Judée, pardon Mathieu,  j’ai tout oublié. Je lui dis je ne sais à quel propos que je n’arrive pas à trouver de sureau,  que m’a recommandé une amie –    en décoction- c’est bon pour ce que j’ai. Il se lève et revient avec un rameau de sureau. Elle est pas délicieuse la vie quand elle veut … Ah mais c’est qu’elle veut pas toujours, je sais je sais …

Si tu as deux chemises, vends-en une et achète une fleur ! proverbe chinois cité par  Nikos Kazantzaki dans Voyages Japon-Chine
20150613_115852
24 euros le bouquet …
ou
une photo

Pour respirer les roses, cliquez sur le cliché
Photo D. Cuypers

Ces livres qui nous réparent

Les livres prennent soin de nous (Actes Sud), un titre un peu mièvre pour un livre qui ne l’est pas du tout. L’auteure Régine Detambel est un écrivain d’une grande sensibilité, à fleur de peau – celle-ci étant l’un de ses sujets de prédilection et sa formation première la kinésithérapie. Le sous-titre du livre est d’ailleurs Pour une bibliothérapie créative. Là encore, ne pas se laisser décourager par le côté boîte à outils du développement personnel – d’autant que Régine Detambel dénonce le bonheurisme à tout crin – et entrer dans son beau texte très littéraire où sont convoqués Aristote, Goethe, Duras Stendhal, Virginia Woolf, Colette, Kierkegaard…

Bien sûr le livre est aussi celui d’une praticienne de la dite bibliothérapie. On apprend ainsi que des étudiants en médecine à Kansas City se voient doter « d’ une anthologie de textes littéraires consacrés à la maladie, au soin, à la vie et à la mort (…) parce qu’ils en apprendront plus sur le soin dans la littérature que dans les livres de pathologie« . (J’en connais un à l’hôpital de la Salepêtrière à qui il serait urgent de l’offrir). Mais le charme et la puissance de cet essai,  c’est de nous faire entrer dans le processus d’écriture et de lecture :  « Dans le livre l’ordre du récit répare le chaos de la vie. » Ces mots me rappellent une séance en atelier d’écriture – je n’étais alors pas animatrice mais participante à une formation pour le devenir. A une question sur ce que représentait l’écriture, j’avais répondu en substance : écrire pour moi c’est organiser le chaos. Je n’ai jamais oublié le commentaire d’une, à qui ma tête ne revenait pas, sur le chaos présumé de mon existence que laissait entrevoir cet objectif ! Mais, depuis, j’ai toujours eu confirmation que l’écriture servait effectivement d’abord à ça : mettre de l’ordre, donner du sens au grand bordel, au vaste foutoir qui président à nos vies.
Faire récit, tisser notre histoire pour reprendre la main : ce concept est devenu presque banal et Nancy Huston, entre autres, l’a fort bien analysé; par contre le storytelling qui fleurit dans le domaine de la com constitue, à mon sens, une dérive marchande et obsessionnelle chez les communicants, les politiques, et même dans la presse – d’accord c’est notre métier de raconter une histoire mais on ne peut pas faire que ça. Revenons à nos effets bénéfiques : je n’avais jamais songé que la lecture pouvait avoir les même . L’auteure, qui sait de quoi elle parle, nous en convainc. « (…) de la naissance à la vieillesse, nous sommes en quête d’échos de ce que nous avons vécu de façon obscure, confuse et qui quelquefois se révèle, s’explicite de façon lumineuse et se transforme grâce à une histoire, un fragment, une simple phrase. Nous avons soif de mots pour permettre l’élaboration symbolique ». (Aparté : soudain j’ai envie de me moquer et d’abord de moi : la prochaine fois que je me surprends à me  » raconter des histoires » , à flasher sur des correspondances qui « ne sont jamais des hasards n’est-ce pas ! » je me dirai : Attention, en pleine élaboration symbolique, don’t disturb … Duras, citée dans le livre de Detambel, est dans cette veine moqueuse qui est parfois la sienne : « « Ecrire toute sa vie, ça ne sauve de rien, ça apprend à écrire, c’est tout. »
Revenons encore à notre propos : comment ça marche ? Le rythme, la musique, le ton, bref la forme, comptent autant que le fond et d’ailleurs ils sont intimement liés. Il s’agit donc de rencontrer le livre fait pour vous à l’instant T. On ne gagne pas à tous les coups mais quand ça marche, on frôle le miracle. Je vous laisse découvrir l’importance du corps et celle de la métaphore. Et les vertus du sentiment d’admiration : « (…) il est impossible d’admirer un chef d’œuvre sans éprouver en même temps une certaine estime de soi » affirme Victor Hugo Qui ne l’a pas ressenti ? Ce n’est pas Jean Daniel qui dira le contraire. Lisez son beau livre « Les miens » (voir article du 17 décembre dans « « Anciens articles, colonne de droite sur la page d’accueil du blog, 17 décembre 2010).

Je me souviens d’un John Irving, Hotel New Hampshire, lu dans un jardin un été à Arcachon, d’un Jim Harrison, Un bon jour pour mourir, dans une salle d’attente avant un examen médical… Et vous, vos livres doudou ? Attention ne pas croire qu’un bon livre est pour autant un livre doux, pour ne pas dire tiède : « l’essentiel est tout de même d’être réveillé par un livre » nous dit Régine Detambel. C’est le cas du sien, un peu foutraque, mais passionnant.

L’écriture réparatrice est aussi celle du livre de Catherine Gérard, Sur la courbe de nos rondeurs terrestres paru chez Magellan et Cie – collection Je est ailleurs. L’auteure est vraiment dans la collection… elle est vraiment ailleurs, au bord du Mékong et au Togo. Elle vogue, divague, docile, douloureuse, son carnet moleskine en viatique, entre les deux continents, dans l’espoir d’oublier un amour en perdition, de retrouver sa liberté. Sur ce manque, cette absence, on n’en saura pas beaucoup plus. Ce qui compte c’est le voyage. Il commence dans l’avion avec ces sensations cotonneuses que tous les grands voyageurs connaissent, « épuisée, somnambule ». Se poursuit en bus « à la boîte de vitesse défaillante », en pirogue sur la Nam Ngum au Laos, dans des cabanes tressées de bambou, dans des hôtels déserts et sinistres. Les fragments qui disent cette itinérance se mêlent à des voix de l’Afrique, celle de Kofi le migrant qui trouve la mort dans le passage vers une autre vie illusoire, celle de Blaise et ses rêves de réussite à bord de son camion pourri. Il n’a pas pu freiner pour éviter le taxi-brousse. Mort sur le coup. Comme les occupants du taxi-brousse. Pas une image à la télé, pas une ligne dans le journal.
Il y a dans ce petit livre dense de beaux moments d’écriture, des instantanés très justes : « Je voudrais être dogon. Avoir appris le langage du silence. Le partager avec le blanchisseur des toits qui étend les draps de l’hôtel. Confiné dans la lenteur. » Ou bien : « Je traverse le village éclairé de petits feux, lanternes vagabondes conduisant au tronc enjambant la rivière. Des animaux libidineux en chemises de nuit et des légumes préservés par des enclos s’apaisent dans le noir. » A Luan Prabang : « Perçant cette pelure végétale, des temples aux toits moustachus gondolent vers le ciel. Couverts d’or et de dessins retraçant le souvenir de cette capitale écrasée par le poids des éléphants disparus. »  Dommage que quelques fioritures, comme on dit au tango argentin, encombrent le texte, freinent l’émotion.
En toile de fond, la colonisation d’antan, la misère d’aujourd’hui. Catherine Gérard trouve des accents très convaincants pour cette dénonciation, avec toujours, en filigrane, son désarroi personnel. Toujours avec une langue baroque, ses métaphores, ses excès, ses fulgurances. Dans les dernières pages, elle paraît s’apaiser. Elle est dans le sud du Laos à Champasak où j’ai moi-même résidé l’année dernière. Elle fait – évidemment ! – la même balade que moi : huit kilomètres à vélo jusqu’au temple Vat Phou « oasis perdue au creux des frangipaniers en fleurs » Et j’entends bien et souris quand elle écrit : «  Retour à l’hôtel, bercée par les grillons de Champasak. Soulagée de ne pas devoir me farcir les routards du monde entier. » Le voyage se finit ou presque aux Quatre mille îles « Instantané capté sur le Mékong qui s’ouvre en éventail tel le prolongement des mains d’une vieille dame aux doigts fins et tortueux. » Je suis envahie de nostalgie quand elle me fait retourner sur l’île de Don Khone « plongée dans l’obscurité, attendant qu’une poignée de groupes électrogènes se disputent le silence de la nuit.» Est-ce que le voyage l’a guérie ? peut-être, mais déjà l’envie de repartir  l’a reprise. Comme si, dit-elle, elle voulait toujours vérifier sa capacité à revenir …
le Vat Phou ChampasakLes 4000 îles au laosLa montée dans les amandiers vers le Vat Phou à Champasak au Laos
et dans une des 4000 îles, toujours au Laos.

Photos D. Cuypers – 2014

Pour les agrandir, cliquez dessus