"Marguerite et moi"

Mise en scène et interprétation : Fatima Soualhia-Manet et Christophe Casamance

Ouverture sur Marguerite Duras dans sa cuisine. Cela fut déjà fait – et excellemment – par Tania Torrens mise en scène par Jeanne Champaigne (La maison). Il faut dire que les réflexions de Duras sont savoureuses. Par exemple :  « Faire pour soi des pommes de terre sautées, c’est inconcevable ! » Et puis, très vite, un autre parti-pris  est adopté : c’est une Marguerite politique, engagée qui nous reçoit sur le plateau du joli petit Théâtre de Belleville.
Jupe noir et chemisier vert violent à grand col, vaguement années 70, la comédienne est assise, face public, violemment éclairée . Un homme l’interviewe, elle devient MD, ou une caricature de MD… La comédienne a saisi les mimiques, les intonations et les tics de langage à la manière d’un imitateur. Il manque l’âme et les silences, restent les mots : de larges extraits notamment de « Les lieux »,  un entretien entre Duras et la réalisatrice Michelle Porte. Nous sommes en 1968. Elle parle des sorcières, de sa place dans l’univers littéraire et de son engagement communiste : c’est agressif, implacable. Caricatural ? MD ou le personnage, la « statue » de MD « On avait fait d’elle une statue, alors… »

Fondu au noir. Deuxième période : MD réapparait, jupe noire,  col roulé crème et gilet noir . Nous sommes en 1975. Elle évoque l’alcool, l’étroitesse de la vie de famille, l’inanité, l’horreur des vacances, des loisirs imposés, et les délires du fou rire . Elle a révisé son engagement politique, elle condamne le communisme « qui apprend le mépris et le simplisme » :« Le simplisme est fasciste ». « La France ? C’est un truc tout petit ! Je m’en fous, de la France ! »
Sur le grand écran, en fond de scène, quelques bribes d’interviews, et une silhouette qui marche sur le bord de mer. Un intermède un peu anecdotique avant la troisième période. La comédienne réapparait en combinaison pantalon noire, allure d’amazone, cheveux lâchés. Elle ne joue plus la ressemblance physique avec Duras, elle n’est plus sa caricature, elle en devient une incarnation possible, androgyne et écorchée.  Fascinante. Elle parle de l’alcool, de sa mère, de « ce cheminement de l’écrire, à côté de la vie », de « La Maladie de la Mort », et cela devient très fort . « On boit parce que Dieu n’existe pas ».  Le spectacle se termine ainsi, en plein envol…  Aline Barbier.
Jusqu’au 11 octobre. Du mercredi au samedi à 19h15
Théâtre de Belleville, 94 rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris
Réservations : 01 48 06 72 34

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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