Revue de presse …

Merci cher Philippe Djian qui commence ainsi  sa chronique dans Libé 21 /22 juin : « Je ne suis pas amateur de foot.  C’est comme la corrida, je n’y mets plus les pieds depuis vingt ans. Le foot m’ennuie. Mais ça ne me gêne pas tant que ça – enfin si, ça me gêne profondément, ça m’attriste. J’ai dit que nous arriverions à l’été sur les genoux et je me suis trompé. Je n’avais pas pensé à la Coupe du monde. Je n’avais pas pensé à cette sympathique ferveur qui allait envahir l’espace et nous laisser souffler avec la putain d’horreur économiques, les putains de guerre, la putain de jungle, etc. Et de fait ça sourit jusqu’au fond des campagnes. Ca chante des hymnes. Ca hurle dans les rues. Je m’interroge, bien sûr. Je me sens glisser vers cette frange infime de l’humanité que le foot laisse indifférent et je me demande s’il nous manque une case, si c’est une sorte d’infirmité.(…) »
Eh oui c’est le piège : on ne peut pas ne pas s’inquiéter de ne pas être à ce point comme tout le monde. Je suis comme Djian : je m’inquiète. Mais pourquoi est-ce inquiétant ? Pourquoi devrait-on obligatoirement atteindre les sommets de la joie pour un ballon et des mecs (je ne sais même pas combien ils sont, je vous le jure) qui s’excitent autour. Vous vous rendez compte comme c’est dur de « ne pas en être ». Vous vous rendez compte du ressort fantastique que ça représente cette propension, cet impératif même à être comme les autres, avec eux. Pour le meilleur et le pire, on le sait.
PS : Même mon émission fétiche s’y est mise.  » 28 minutes » était consacré jeudi 26 juin au football. Une fois n’est pas coutume : je n’ai rien appris. Et le sociologue Pascal Boniface m’a gravement horripilée en fustigeant le mépris des intellectuels pour le bon peuple – les intellos qui n’aiment pas le foot s’entend. Rien à répondre. Tellement affligeant. Ah si tiens ! une réponse  :  les 18 millions qui ont regardé The match ne représentent pas tous les Français;

 Le dossier Michel Foucault dans Libé du  du 21/22 juin 2014 . Illisible. Prétentieux. Rédhibitoire (vous n’aviez jamais lu Foucault, vous ne le lirez jamais). Chute de l’article d’Eric Loret «  Les cultural studies, qui sont d’obédience hobbesienne et antikantienne, décèlent, ainsi, dans l’explosion des blogs puis du trollisme et des selfies un « souci de soi » susceptible de « subjectiver » la plèbe. Quant au coaching, il promet grâce à ce même souci un « leadership humble ». Nous voilà rassurés. » En fait c’est intéressant de savoir que les techniques de développement personnel ont été analysées (mais aussi prônées il me semble) par le philosophe – l’hypothèse  étant que ses concepts ont été récupérés et dévoyés par le pouvoir libéral (à vérifier car peut-être s’est-il laissé séduire par le « souci de soi » qui déferlait sur la Californie) . Mais, quoi qu’il en soit,  pourquoi noyer cette idée simple dans un jargon tout simplement grotesque ?

K c’est Klasse… Pour rédiger branché, dans le coup, y a K. Je vous donne un exemple. Une expo vente Clin d’œil (au carreau du Temple, nouveau lieu intéressant par ailleurs auquel j’ai consacré ma chronique radio Paris est une fête) devient une expo-vente Klin d’œil, avec une librairie, des concerts et tout le reste, dont un beauty-korner. Fastoche. Trop klasse.

Que Le bruit des autres soit le titre d’un roman de Amy Grace Loyd qui vient de sortir chez Stock me chagrine.  C’est ainsi que Jacques Sabbath  avait intitulé son premier livre. Il était  rédacteur en chef de la revue L’Arche dans les années 70 – j’y ai appris mon métier. L’homme et le roman étaient délicieux. Un humour tendre, une modestie désarmante, une intelligence aigüe. A propos d’humour juif, voici la blague d’un musicien hors du commun Helios Azoulay (toujours dans ma chronique pour en savoir plus). Je  retiens une blague par décennie : pour les années 2000  c’est celle-ci. Deux Juifs  ont repéré le trajet emprunté chaque jour sans exception à la même heure par Hitler. Ils se postent et attendent. Cinq minutes, dix minutes, une heure. L’un des compères finit par craquer et se tourne vers l’autre : «  Dis donc ! pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé… »

Fictions de la psychanalyse. C’est le thème du dossier du Magazine littéraire, édition de juin  Comme je suis fan des deux,  j’achète. Pas déçue. L’édito de Laurent Nunez, le rédacteur en chef, me ravit. Il argumente pour convaincre les craintifs qu’une analyse n’empêche pas d’écrire. Au contraire.  J’en témoigne. Et je vous livre ce passage délectable (car on a ô combien !  besoin d’autodérision quand on est soi-même animatrice d’atelier) : « Oui, vraiment : consultez si vous voulez écrire. Suivez une psychanalyse  plutôt que des ateliers d’écriture. Car vous n’avez pas besoin de tout savoir sur la focalisation zéro ; mais vous avez besoin de comprendre pourquoi plus personne n’utilise cette narration omnisciente. Vous apprendez également à ne plus vous moquer de vos personnages, à vous méfier du premier jet comme des phrases toutes faites, à écrire des dialogues à double sens, à maîtriser la métaphore et la métonymie, à décrire sans ridicule des scènes érotiques. » Il s’emballe un peu Laurent Nunez, mais en gros c’est vrai !