La truelle de Cavanna

J’aimais Cavanna, son écriture, ses yeux, sa voix, son humour, sa sensibilité, sa force. Il est mort en janvier dernier, lui que je croyais éternel, lui qui avait lancé il y a bien longtemps un mouvement plein de rage et de dérision intitulé Stop-Crève ! Ces dernières années, je l’avais croisé plusieurs fois dans son quartier près du métro Maubert Mutualité. La douceur de ses mains serrant les miennes. Je lui avais dit les centaines de rendez-vous hebdomadaires avec lui  dans les colonnes de Charlie Hebdo, je lui avais dit les fou-rires,  je lui avais dit  la jubilation éprouvée en lisant Les Ritals. J’apprends que le Musée de l’histoire de  l’immigration (Palais de la Porte dorée), dans le  cadre de de sa Galerie des dons rénovée  – 500 pièces venus du monde entier accompagnées de témoignages, de photos, de vidéos – , expose la truelle de maçon de Luigi Cavanna, le père de l’écrivain, né en 1880, originaire du village de Bettola. Arrivé en France en 1912, il est embauché comme maçon et s’installe à Nogent sur Marne. C’est là que nait en 1923 François Cavanna. Voici le texte de la main de l’écrivain sur l’objet…
« Cette truelle très usée fut celle de Luigi Cavanna, mon père. Ce n’est pas une relique. J’en ai hérité et, tout naturellement, je m’en suis servi à mon tour comme d’une chose allant de soi. Elle est de la variété « briqueteuse » ( par opposition à la truelle « lisseuse » des cimetiers). Elle a perdu, par l’usure du travail, une bonne partie de sa longueur? Si la viole est mangée de rouille, c’est dû à mon manque de soin. Papa ne l’eût pas toléré. J’ai aussi – et je m’en sers – sa pioche, ses pelles, sa grande ronde à gâcher et la carrée pour vider la brouette, sans oublier le cure-pelle taillé dans une cuillère à soupe aplatie à la masse, objets hautement symboliques et, pour moi, infiniment précieux. Les immigrants des vallées de l’Apennin, rudes montagnards élevés à la dure, retrouvaient dans les outils du maçon du terrassier et du charpentier, la rusticité bien poigne des instruments agricoles. »
Merci et salut cher très cher Cavanna.

 

 

 

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