Splendeurs asiatiques

ANGKOR. S’il y a bien un endroit où il faut aller pendant les jours qui viennent (avant le 13 janvier), c’est au musée Guimet…D’abord pour ne pas laisser passer l’exposition « Angkor, naissance d’un mythe  – Louis Delaporte et le Cambodge ».    Louis Delaporte, explorateur français (1842-1925) voulait faire entrer l’art khmer au musée ». Et il y est parvenu… Sculptures originales,  dessins aquarellés, plans, photographies anciennes, moulages restaurés nous font découvrir, à travers le travail de ce grand amoureux obstiné, le Cambodge de cette époque mais aussi la façon dont l’Europe l’imagina par le relais des Expositions universelles et coloniales. C’est un voyage enchanteur, que vous ayez déjà ou pas foulé les vastes espaces d’Angkor. Jokin, 6 ans, est resté fasciné devant une maquette du Bayon et devant un film qui nous fait survoler d’hélicoptère tout le site. On le comprend : l’ image légèrement tremblante des temples  sous les frondaisons nous emmène séance tenante au pays de nos rêves.

TRES BEAU LIVRE. L’occasion de  parler d’un livre somptueux Temples khmers du Cambodge . Le photographe Barry Brukoff, amoureux des temples, qu’il a connu en 1960,  y est revenu après la chute de Pol Pot : «  La vue de ces structures poétiques s’élevant au-dessus de la jungle cambodgienne, prises dans les  filets des banians ou figuiers étrangleur, ne fut pas seulement inoubliable : elle inspira aussi ma double carrière de photographe et d’architecte décorateur, écrit-il. On marche dans ce livre comme on marche sur le site, éblouis… Les jaunes, les mordorés, les ocres, les verts, les degrés tapissés de mousse, le ciel, la forêt, une telle  débauche de beauté. Le texte est à la hauteur : la grande érudition sait s’effacer devant l’émotion mais aussi la nourrir. Du grand art. Temples khmers du Cambodge. Texte d’Helen Ibbitson Jessup. Photographies de Barry Brukoff. Imprimerie nationale Editions. 2012.

CALLIGRAPHIE. Juste  avant, nous avions, Jokin et moi, toujours au musée Guimet,  suivi  un atelier de calligraphie ouvert aux familles. L’ initiation, sous la débonnaire mais néanmoins énergique houlette du maitre japonais Yamanaka, fut délectable . Emergeant d’un métropolitain, morose ce matin-là comme un jour sans pain, nous fûmes instantanément transportés dans un monde de sensations, à la fois fulgurantes et  apaisantes, par la grâce d’un pinceau plongé dans la brillante noirceur de l’encre de Chine… Il n’y aura pas d’autre atelier cette année, mais l’exposition qui lui était liée, Sho 2, 100 maîtres calligraphes contemporains du Japon, est visible jusqu’au  13 janvier 2014. .
Pour moi qui en savais très peu, la calligraphie était proche du haïku, ces courts poèmes en prose et  en trois vers pratiqués par les Japonais et par des adeptes du monde entier – Kerouac en fut un passionné. Je n’avais pas tort : pour l’une et pour l’autre,  il s’agit d’un art de l’instant et le haïku est souvent prétexte à calligraphie. Mais il y a bien d’autres formes de création calligraphiques : poèmes classiques d’inspiration chinoise, calligraphies d’un caractère unique jusqu’à  libération du geste pour en privilégier l’esthétique … dans tous les cas la personnalité de l’auteur, son élan vital sont convoqués. Apparu au Japon au VIe siècle, la calligraphie, cet « art de l’encre et du papier vivant », profondément influencé dans sa forme et son expression par les modèles chinois, évolue vers un style vraiment japonais abouti au cours du Xe siècle. Aujourd’hui cette pratique artistique, toujours enseignée à l’école puis en option au lycée,  demeure très vivace. Des concours sont organisés comme celui du plus haut haut niveau de la fondation Mainichi Shodokai dont  l’exposition nous donne à voir les créations des artistes lauréats. C’est une belle occasion de pousser les portes d’un univers singulier lié à la philosophie zen et considéré au Japon comme une voie d’accomplissement personnel et spirituel (j’avais d’abord  écrit « épanouissement »  mais voyez comme le mot « accomplissement » est  à la fois plus modeste et plus fort …) L’ harmonie et l’ élégance des lignes créent une jouissance esthétique se voulant également l’écho d’une sagesse millénaire. Chaque ligne exprime  un sens et chaque mouvement du pinceau incarne une forme de beau. Les habitants de l’archipel pensent  que les idéogrammes comportent une dimension « sacrée »,  sont en quelque sorte une « lettre du Ciel .  Je relève dans le catalogue le haïku calligraphié par OI Kintei : Le boudon/trébuchant dans les airs/fait une pirouette( Kaneko Töta) . Ou encore, calligraphié par Nasu Taikei, celui-ci : Les fleurs de pêchers sont éparpillées/ l’eau tranquille.  (Ryokan),  avec le commentaire de l’artiste :  J’ai tenté une calligraphie ample et étendue. J’ai écrit en aspirant à l’état du poète Quan Qi, léger et éloigné des attachements du cœur.

THE VERT ET TOUR EIFFEL Pour finir, direction la librairie du musée Guimet et achat  de derniers cadeaux raffinés – il n’est pas interdit  de faire l’acquisition de Tourments et merveilles en pays khmer….. Et pourquoi pas, ensuite,  rejoindre, à quelques minutes,  la cafeteria du Musée d’Art moderne accessible, sans billet, par l’extérieur. Si vous avez comme nous la chance d’avoir rendez-vous avec le soleil, vous boirez votre chocolat chaud ou votre thé vert face à une Tour Eiffel éthérée et déjantée …
Musée Guimet. www.guimet.fr
6 Place d’Iéna. Métro Iéna

 

 

 

 

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