L'impertinent du Cambodge

La parole est à  l’éditeur  Marc Wiltz

C’est la première signature de la rentrée 2013 chez Magellan & Cie, et c’est une première d’importance !
Pour une fois, elle aura lieu un MARDI, le 29 octobre… 
Grâce à Dane Cuypers, rencontrée lors d’une émission de radio pour la promotion de nos livres respectifs, j’ai pu réalisé le rêve incroyable de publier un livre avec un auteur dont le livre précédent m’a si profondément marqué. Merci à elle, Merci à François Ponchaud, l’auteur de ce Cambodge année zéro qui a marqué les esprits lors de sa sortie en 1977.
Ci-dessous, la quatrième de couverture pour vous donner l’idée de cette importance de l’impertinence !
« La Vérité vous rendra libres ! »
Comment se dessine une vie ? Au fil de quelles rencontres, de quelles émotions, de quels détours ?
Enfant d’une famille modeste mais heureuse, brillant à l’école, François Ponchaud grandit avec le destin tout tracé de devenir prêtre, chez lui, en Savoie. Mais la vie s’en mêle. Un temps parachutiste pendant la guerre d’Algérie, son karma de missionnaire l’envoie au Cambodge pour une longue histoire d’amour. L’homme est passionné, toujours en action, entre rébellion contre l’injustice, d’où qu’elle vienne, et compassion pour les faibles. En 1977, le père Ponchaud est le premier à dénoncer le crime inouï des Khmers rouges avec Cambodge année zéro. Il est le témoin stupéfait de ce moment dramatique de l’Histoire, mais son livre se heurte à l’incompréhension du monde.
Au fil d’entretiens menés en France et au Cambodge par Dane Cuypers, auteure de Tourments et merveilles en pays khmer (Actes Sud, 2009), la personnalité et l’engagement de ce missionnaire pas comme les autres se dévoilent : avec ses colères contre l’arrogance des puissants, avec son infini amour pour le peuple des rizières, avec les exigences de son apostolat chrétien en milieu bouddhiste, avec la gageure intellectuelle de traduire la Bible en khmer…
Lorsqu’il parle du Cambodge où il vit depuis 1965, François Ponchaud sait de quoi il parle. Il aborde sans détour les sujets les plus délicats, dans le seul but de redonner aux Cambodgiens qu’il côtoie la dignité de l’existence. Pour qui s’intéresse à ce pays parmi les plus attachants du monde, ce livre est peut-être le meilleur des guides par l’un de ses plus fins observateurs.
 Et  pour ceux qui auront la patience de lire ce que j’écrivais de ce Cambodge année zéro, dans mon Tour du monde en 80 livres :
Le Cambodge est un pays d’une grande beauté et d’une grande richesse. La population est particulièrement accueillante et bienveillante, et la douceur du sourire khmer qui fait fondre les cœurs les plus endurcis n’est pas une légende. Pourtant, il reste le mystère de la tragédie absurde qui l’a frappé, détruisant en quelques mois entre un quart et un tiers de ses habitants, et dont les ramifications n’ont pas encore fini d’irriguer et de ronger la société dans tous ses rouages politiques et économiques.
François Ponchaud (né en 1939) n’est pas historien ou analyste, il n’est « que » prêtre, et témoin marqué jusqu’au tréfonds par ce qu’il a vu et ressenti. Parachutiste vingt-huit mois en Algérie (!), il a préféré s’orienter vers la carrière des âmes, entrer au séminaire catholique, avant d’être affecté comme missionnaire au Cambodge par la Société des Missions Étrangères de Paris en 1965. Son expérience et ses choix lui permettent a priori d’être objectif et mesuré, conscient et de libre pensée, et peut-être pertinent. Cambodge, année zéro, publié dès 1977 en plein cœur de l’abomination, tient du reportage par les scènes incroyables qui y sont décrites avec
précision. L’histoire est maintenant connue, même si elle reste incompréhensible, de ce délire de « révolutionnaires » Khmers rouges qui entrent dans la capitale Phnom Penh et la vide en quelques heures (!) de l’intégralité de sa population – vieillards, malades et mourants inclus ; seuls les étrangers sont renvoyés chez eux après un très bref séjour dans les locaux de l’ambassade de France. Ils envoient tous les citadins à la campagne pour se « ressourcer » en éliminant au passage tous les intellectuels, en fait, ceux qui portent des lunettes et donc savent lire ; ils suppriment l’argent pour réinventer un mode de fonctionnement de la société avec une nouvelle « culture » ; ils torturent et ils tuent avec des moyens simples et efficaces (auto-étouffement avec un sac en plastique par exemple…) pour obtenir l’adhésion définitive à l’idéologie radicale de dirigeants qui se font appeler Frère n° 1, Frère n° 2… Ponchaud témoigne de cela et, malgré l’horreur, il l’écrit comme on pousse un long cri froid. Mais, victime de la même malédiction que Cassandre – puissance de la mythologie –, lorsqu’il veut alerter les dirigeants du monde avec ce livre coup de poing, ceux-ci restent sourds et aveugles parce que tous les intérêts sont mobilisés ailleurs et autrement : fin de la guerre du Vietnam, opposition frontale entre les états-Unis et l’URSS de la guerre froide, influence grandissante de la Chine… La France de Giscard d’Estaing ne s’en préoccupe pas non plus sur l’instant. Trente-cinq ans plus tard, Ponchaud vit encore à Phnom Penh, il a traduit la Bible en khmer et s’occupe de travaux de « vulgarisation » spirituelle destinés aux Cambodgiens.
Son récit n’est évidemment pas un récit de voyage. Néanmoins, il est indispensable à tous ceux que le Cambodge intéresse – et plus généralement l’Asie du Sud-Est, parce que le Vietnam et la Thaïlande sont aussi concernés. Comment ignorer une donnée « culturelle » pareille ? Comment même ne pas chercher à en savoir davantage pour mieux la saisir ? Comment résister à la stupéfaction de savoir que bon nombre de dirigeants actuels, et au plus haut sommet de l’état, ont été impliqués directement dans cette folie ? Comment minimiser les responsabilités des Américains, Henry Kissinger en tête, dans les manipulations des politiciens corrompus qui ont précédé ce régime, et celles des Français qui ont encouragé la réconciliation nationale au point de faire représenter le pays par les bourreaux pendant dix ans dans les instances internationales ? Comment ne pas être ébahi aujourd’hui face à ces deux voisins de village, chaleureux et amicaux, qui furent l’un le bourreau l’autre sa victime… ?
La tragédie est toujours là, mais s’estompe à mesure que la jeunesse apparaît et s’installe avec ses préoccupations d’une autre nature. 60 % de la population aujourd’hui n’a pas vécu ce drame puisque née après, et s’en moque apparemment comme d’une affaire de vieux… Et la séduction du Cambodge, et son sourire, restent intacts.
 Vous dire que je vous souhaite nombreux ce soir-là est peu dire…
 Marc WILTZ

MAGELLAN & Cie
34 rue Ramey – 75018 Paris
Tél : 01 53 28 03 05
www.editions-magellan.com









Marc WILTZ

MAGELLAN & Cie
34 rue Ramey – 75018 Paris
Tél : 01 53 28 03 05
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Le 22 oct. 2013 à 14:28, cuypers dane a écrit :


oui j’ai reçu la pj mais tjrs pas ton mail avec ton extrait qui était sympa

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par sur
Bordeaux
Tout nouveau.

Le mardi 29 octobre à 18h00, François Ponchaud, auteur du livre inoubliable « Cambodge année zéro », viendra en dédicace chez Magellan & Cie, pour le livre d’entretiens menés avec Dane Cuypers : L’Impertinent du Cambodge. Une réussite et une fierté pour l’éditeur !

Magellan, 34 rue Ramey, 75018 Paris

Bientôt en ligne les couvertures auxquelles vous avez échappé… ( coucou les vieux lecteurs de Charlie Hebdo !)

Delbo et Riva sur France Culture

Vous n’étiez pas à Avignon cet été ! moi non plus. Séance de rattrapage d’un, je crois, grand moment :

Spectres mes compagnons – Lettre à Louis Jouvet  : Charlotte Delbo lue par Emmanuelle Riva. Suivi d’extraits du Radioscopie de jacques Chancel en 1974 et de l’incroyable l’émission de Claude-Alice Peyrottes en février 1994  Appel à la mémoire

Sur France Culture dans Théâtre et Compagnie, le dimanche 27 octobre de 21h à 23h

Chouette ! j’achète beau et utile

Vos kramas (non pas vos karmas:  votre écharpe cambodgienne !)  sont un peu fatigués, vous cherchez des cadeaux raffinés pas trop chers – boîtes, étuis, bijoux… – le Sipar ouvre sa malle aux trésors :

. Lundi 18 novembre de 14h à 18h à Rambouillet, AB IMMO, 43 rue Lenôtre

. 22,23 et 24novembre à Paris dans le 16ème, 79 avenue Marceau. Vendredi 22 de 12h à 19h ; samedi 23 de 10 à 19h ; dimanche 24 de 10h à 18h.

Le Sipar est cette ong qui sème les livres et fait pousser la lecture au Cambodge, notamment avec ses bibliobus. Dans le dernier numéro de son journal, j’apprends que l’ong a ouvert un lieu de lecture pour les 2000 ouvrières textiles de l’usine Dewhirst dans la banlieue de Phnom Penh, usine qui fournit Marks § Spencer. Cela vient, dirait-on, confirmer ce que j’avais lu dans le dernier numéro d’Altermondes (voir ci-dessous  l’article Le salaire de la faim, publié le 8 octobre 2013) qui faisait état de la volonté de la marque de payer d’ici 2015 un salaire minimum décent  aux travailleurs de ses principaux pays fournisseurs : Bangladesh, Inde et Sri lanka – le Cambodge n’était pas mentionné mais je suppose qu’il en fait partie. Car pour passer aux nourritures spirituelles, il faut être correctement nourri. Sauf contre-ordre, poussons donc les portes de la so british enseigne.

Magie khmère au Théâtre du Soleil

C’est encore possible, jusqu’au 26 novembre, d’applaudir ( à tout rompre, croyez m’en!) les trente acteurs khmers et leurs metteurs en scène, Georges Bigot et Delphine Cottu,  à  La Cartoucherie dans L’Histoire tragique mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge. Je n’avais pas encore vu la deuxième époque : c’est fait depuis hier  : je crois qu’elle est encore plus magique que la première. Frédéric Mitterrand était là qui se réjouissait de revoir l’épopée khmère – dont il est un spécialiste puisqu’il est l’auteur d’un très beau film Norodom Sihanouk, roi cinéaste que nous avions projeté au Festival Visages du Cambodge. Réservations : 01 43 74 24 08
Okoun tchraeun ! Chea Ravy, Chhit Chanpireak, Chhith Phearath, Horn Sophea, Houn Bonthoeun, Huot Heang, Huot Hoeurn, Khuon Anann, Khuonthan Chamroeun, Mao Sy, Nov Srey Leab, Nut Sam Nang, Ong Phana, Pin Sreybo, Pov Thynitra, Preab Pouch, Sam Monny, Sam Sarry, San Marady, Sim Sophal, Sok Doeun, Sok Kring, Thorn Sovannkiry, Uk Kosal, Uk Sinat. Et les merveilleux musiciens : Norng Chantha, Pho Bora, Pring Sopheara, Vath Chenda.

Direction historique et textuelle, Ashley Thompson. Traduction, Ang Chouléan. Sous-titrage, Rotha Moeng

Et toute cette aventure n’aurait pas eu lieu sans Phare Ponleu Selpak qui accueille, protège et fait grandir les enfants perdus de Battambang. Jetez un œil à leur studio d’animation 1000 Hands. http://www.youtube.com/watch?v=30yGgvB0NYs

 

Photos Aline Barbier

Marady-Sihanouk après 7 heures de scène...

 

La magie ( aussi) de La Cartoucherie

 

 

 

La part manquante

Je n’ai pas encore vu le film de Rithy Panh. Des lectrices du blog nous en parlent

De simples petits personnages en terre, inertes, figés, avec une telle puissance évocatrice. Bravo à Rithy Panh pour son récit plein de courage, de sincérité et de justesse.Merci d’avoir conté cette histoire du Cambodge faite de destruction, en y opposant la beauté de la création. Vivyane Aubourg

Plus d’infos :
http://www.arte.tv/guide/fr/048114-000/l-image-manquante

J’ai beaucoup aimé ce documentaire, ces petits personnages en terre cuite étaient puissants, expressifs et si présents dans la part manquante des images. Quelle belle idée créative, quel travail , quel courage. J’avais lu le livre de Rithy Panh après avoir lu Tourments et merveilles en pays khmer et j’ai retrouvé la sonorité des mots comme une musique lancinante  sur ce drame humain, sur ces drames humains. Quelle leçon de persévérance pour arriver à être vu et entendu par des milliers de téléspectateurs. La qualité des images de ces figurines resteront gravées en moi, j’ai adoré, j’ai envie de le revoir et de le faire connaître. Hobrak

 

Ils sont ICI !

Ils sont ici, ils sont là nos 29 acteurs khmers, sur scène, à la Cartoucherie  jusqu’au 23 octobre. Je l’ai déjà écrit sur ce blog  …. alors je le dis dans ma chronique Paris est une fête, sur la radio belge La Première, dans l’émission de Didier Mélon Le monde est un village. Si ça vous tente c’est ICI

Le salaire de la faim

Sortie d’usine, environs de Phnom Penh, dans le bus (photo D. Cuypers)

Au Nouveau Latina, (cinéma à fréquenter : sa programmation, son engagement, son délicieux café à l’étage, rue du Temple), j’ai vu fin septembre deux films sur la condition ouvrière en Asie. Le premier, Cambodge –  Le salaire de la faim, celui  des ouvrières textiles, réalisé par le collectif Ethique sur étiquette, en dit beaucoup en vingt minutes. Vous pouvez le visionner sur https//vimeo.com/49592343. Le second, 45 minutes,  « Asie, le réveil ouvrier », de Michaël Sztanke,  brosse un tableau  plus large et plus analytique –  le film  est sur les réseaux sociaux, me dit le réalisateur qui s’emploie à le commercialiser

La soirée se déroulait sous l’égide d’Altermondes – revue trimestrielle de solidarité internationale. Je ne l’avais jamais lue : c’est mieux que bien. (www.altermondes.org,  tel 01 44 72 89 72)  A la une du  numéro 35 qui vient de sortir, un excellent dossier : Vivre de son travail, est-ce trop demander ?

Moins cher qu’une barquette de fraises. La revue et les deux films nous font réfléchir à nos achats de fringues : un tee-shirt moins cher qu’une barquette de fraises voire qu’un pamplemousse, c’est irrésistible, pas la peine de le nier. Il ne s’agit pas de renoncer au « made in Cambodia ou Bangladesh », mais au moins de savoir de quoi tout ça est tissé. Et peut-être d’agir. Dans toute l’Asie du sud-est,  les salaires sont scandaleusement bas qui  représentent 1,5 à 3% du prix du vêtement ! En Chine, bien que les syndicats libres soient interdits, ils tentent d’exister et  les rémunérations  sont passées sous la pression sociale grandissante à 200 euros par mois. (Un des intervenants nous informe que FO est en France le seul syndicat à entretenir des relations avec les syndicats chinois libres…).  Cette augmentation et la baisse de l’activité économique ont amené des centaines d’entreprises à fermer leurs portes. Et à délocaliser : au Cambodge par exemple où le salaire tourne autour d’une soixantaine de dollars avec des conditions de travail exécrables, et souvent des contrats de trois mois. Les ouvrières (91% des employés sont des femmes ) ne peuvent pas s’en sortir  : une fois payées la chambre, les vêtements, les produits d’hygiène, reste autour de 30 euros pour la nourriture .

Des évanouissements dans les usines. On ne mange pas à Phnom Penh ou dans ses environs  avec 1 dollar par jour. Les ouvrières, qui  travaillent 10 à 12h et pèsent autour de  50 kilos, devraient bénéficier de 2200 calories.  Elles en sont loin. On a relevé beaucoup d’évanouissements dû à un taux de glycémie trop bas –  un rapport de la marque H&M (qui se fournit au pays khmer) les  a mis  sur le compte d’une hystérie collective  et du stress ! Le stress, elles vivent avec et pour le reste, les imprévus, les maladies, l’argent à la famille, elles empruntent. On voit dans Le salaire de la faim une très jeune femme qui pleure de ne  pas se sortir de ses dettes – et puis soudain une camarade lui dit quelque chose de drôle sans doute  et n u adorable sourire à la cambodgienne éclaire de façon enfantine tout son visage.

Cambodge, Corée, Bangladesh, et sans doute bientôt la Birmanie,  sont donc devenus les sous-traitants des patrons chinois. Au Bangladesh, l’opinion avait été alertée par  l’incendie de l’usine de Tazreen en novembre 2012, puis l’effondrement en avril 2013  de Rana Plaza à Savan tuant plus de 1200 personnes. Selon Eglises d’Asie, le Bangladesh, deuxième exportateur mondial de vêtements (après la Chine), emploie dans ses 4500 usines textiles plus de 3 millions d’employés (dont 70 % de femmes) représentant  80% de ses exportations annuelles. Mais les ouvriers  ne gagnent qu’un salaire de base mensuel de 3 000 taka (28 euros) – soit l’un des plus bas au monde, un montant dérisoire qui a pourtant été obtenu de haute lutte en août 2010 après des mois de manifestations très violentes. Les ouvriers demandent aujourd’hui un salaire de 100 dollars par mois (73 euros) ; les industriels affirment ne pouvoir accorder qu’une augmentation de 20 % (soit 5 euros) en raison de la conjoncture économique mondiale. « Une famille de quatre personnes a besoin d’au moins 182 euros par mois, pour seulement survivre et ne pas mourir de faim » s’indigne un économiste bangladais. Au moment où j’écrivais ces lignes, des manifestations étaient violemment réprimées. Pour en savoir plus, suivre  le lien avec un Ctrl +clic  http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud/bangladesh/2013-09-25-les-ouvriers-du-textile-poursuivent-leurs-protestations

Les femmes s’affranchissent. Pour revenir au Cambodge, M&V – sous-traitant entre autres de  H&M et Zara – emploie près de 10 000 ouvrières  payées trois fois moins cher qu’en Chine. En octobre 2011, cependant, l’usine a dû faire face aux 5000 ouvrières  en colère d’une de ses deux usines. Car, malgré tout, le Cambodge bénéficie de la liberté syndicale et, petit à petit, ces jeunes femmes, venues de la campagne, et peu habituées à prendre la parole et encore moins le pouvoir dans une société qui ne leur donnent pas volontiers, s’aguerrissent, s’affranchissent. Dans le dossier d’ Altermondes,  la journaliste Anne-Laure Porée,  rapportant les propos  de trois d’entre elles, rappelle  que cette population – 500 à 700 000 sur 14 millions d’habitants – a  pesé  dans les élections législatives fin juillet où l’opposition, qui  a  connu une percée historique, a mis dans ses promesses le salaire des ouvriers à 150 dollars par  mois.

La pression sur les marques. Que pouvons-nous faire nous, consommateurs ? Pas de boycott, qui serait la pire des solutions, mais des actions auprès des grandes marques (1). Par exemple auprès de H&M, Zara, Levis, Gap qui se fournissent massivement au Cambodge. Le Collectif Ethique sur l’étiquette affirme qu’elles ont les moyens d’améliorer la situation des travailleurs même si elles avancent de nombreuses excuses pour ne pas augmenter les salaires à un niveau vital (2). Le collectif  se mobilise pour  demander aux entreprises présentes en France et aux grandes marques françaises et internationales de veiller aux conditions de production des marchandises qu’elles commercialisent. Allez faire un tour sur le site www.ethique-sur-etiquette.org. Il y a peut-être moyen d’être un jour fiers de nos jolis tee-shirt made in Cambodia.

(1) ce que  David Eloy rapporte dans le numéro 35 d’Altermondes nous y encourage :  C’est parce qu’en réaction à la tragédie de Rana Plaza, plus d’un million de personnes, à travers le monde, ont signé la pétition relayée par Avaaz et Change.org que, le 23 mai, 38 multinationales se fournissant au Bangladesh ont signé, avec IndustriALL et sept fédérations syndicales bangladaises un accord contraignant sur la sécurité des usines textile.

(2) Le salaire minimum vital – Asia floor wage – est une campagne forte de 18 pays membres qui établit un salaire minimum standard à travers l’Asie, calculé en fonction des monnaies et du coût de la vie.