Quand Hone dessinait au camp de réfugiés

 J’ai connu Hone à à Chinon, où elle vit avec son mari français et ses quatre adorables enfants, en rédigeant « Tourments et merveilles en pays khmer » et je lui ai consacré un chapitre. Son histoire, elle me l’avait racontée avec une vérité, une simplicité qui donnait à voir la petite fille qu’elle avait été sous les Khmers rouges et dans le camp  de Sakeo. Nous ne nous sommes pas perdues de vue et ces jours-ci elle m’a envoyé l’affiche d’une exposition qui lui est consacrée dans sa ville. Avec un texte d’elle où elle raconte comment ça – le dessin – lui est venu, là bas dans le camp de réfugiés… Sur la photo  prise au camp, Hone est avec son amie Jeannick, la fille de Marie – Marie que j’ai longuement interviewée dans mon livre et qui m’a fait rencontrer Hone.

C’était en 1979, j’avais douze ans quand j’ai découvert que je faisais un dessin sur un petit morceau de papier blanc de 10 cm sur 10 cm. C’était dans un camp de réfugiés en Thaïlande ! Je n’avais jamais dessiné de ma vie… A l’époque des Khmers Rouges, il était interdit d’être un intellectuel ou un artiste. Mais dans le camp un jour j’ai aperçu  une dame blanche aux cheveux frisés qui venait de très loin. Cette dame distribuait du papier et des crayons de couleur aux enfants pour dessiner. Elle nous explique de faire un dessin pour exprimer ce que nous avions dans la tête !

Un garçon avait dessiné une maison brûlée par les khmers rouges avec sa famille dans le village puis un autre garçon a dessiné des fusillades ! c’était très violent. Une petite fille assise à mes côtés a dessiné une maison sur pilotis extraite de ses rêves… Et moi je n’avais jamais fait de dessin auparavant : alors j’ai dessiné des fleurs, c’était pour illustrer la NON VIOLENCE ! des clochettes .Voila quand un enfant s’exprime par le dessin, c’est toute sa personnalité qui parle à travers le dessin !

Dans ce camp de réfugiés il y avait des lits en métal alignés les uns aux autres. Je me rappelle que ces lits métalliques faisaient du bruit car il y avait des ressorts. Nous les enfants nous étions entassés et très nombreux à dormir sur des nattes à même le sol ! On était habitués à dormir à la dure avec les khmers rouges ! Cela grouillait de monde, il y avait beaucoup de monde avec beaucoup d’enfants, nous étions très proches les uns des autres. J’ai vu beaucoup de bébés orphelins qui attendaient du lait, des nourrissons, il y avait beaucoup de bruit…C’était comme çà l’ambiance du camp.

J’ai quitté le camp de Sakeo, j’ai voulu partir chez les Barangs (les Blancs), oui les Français avec leur long nez, la peau blanche qui mangent du pain ! Et bien cette dame blanche c’est Christine Chenevez qui m’a accueillie par la suite en France, grâce à la Croix Rouge, ah oui une Maman et un Papa, Bernard Chenevez ! A Annecy, où mes nouveaux parents vivaient on nous a appelés les « enfants de Noël » ! C’était en plein hiver, avec plein de neige .

Un peu plus tard mes parents m’ont inscrite à un atelier  de dessin à Annecy (après les cours). C’est comme cela que le dessin est arrivé chez moi !

Hone

J’ai raconté mon histoire dans un livre « Tourments et Merveilles en pays khmer » éditions ACTES SUD, livre écrit par Dane CUYPERS

 

 

 

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