Prague sous la pluie qui passe et qui sourit

C’est, apparemment, léger, souvent loufoque, toujours poétique. On déguste ces six petites pièces avec beaucoup de plaisir même si on est un peu désarçonné –   où veut-il en venir ce Jean Bois avec ses histoires délicates ou burlesques, en tout cas décalées… Baroque serait peut-être l’adjectif qui convient. C’est l’avis d’une des comédiennes, la sensible Chantal Szczurko.  Adoptons-le.  Voici donc un moment de théâtre baroque (baroque : qui étonne, touche les sens, éblouit). On y rencontre une  dame entre deux âges qui vient déposer une « main courante » pour se débarrasser d’un ange venu squatter son appartement – mais il est son grain de folie (enfin !)  et elle repartira avec lui sur la promesse d’un kebab au lit…. ;  une sirène insupportable et désopilante qui en fait baver des ronds de chapeau à son marin de mari : il faut voir Aline Barbier agitant sa queue de femme-poisson tout en picolant et se gaussant de l’aquarium pitoyable qui lui est réservé, avec sa ridicule algue en plastique ; une malicieuse et très sexy petite chèvre de Monsieur Seguin  qui consolera  tous les enfants que nous fûmes en damant le pion et au vieux loup balourd et à ce cher Alphonse : Daudet l’a dans l’dos, glousse la biquette…

Baroque oui.  Mais aussi ces petites histoires nous parlent, mine de rien, de notre vie : les amoureux qui ne le sont plus et qui ne parviennent pas à se séparer, le temps qui passe et il serait peut-être temps de se réveiller, la peur de la mort et nos ruses pour la contourner – la dernière pièce, la plus touchante, «  Très chers tous deux » nous montre un vieux couple, ses pauvres mensonges, ses petites revanches et sa tendresse mutuelle et indéfectible pourtant. Attrapée au vol, cette réplique : «  Je vois des souvenirs qui sont hors d’état de nuire. » Léger disions-nous … Pas tant que ça. Jean Paul Arphand, le metteur en scène, estime « qu’on a affaire à un immense auteur ». Parmi ses autres auteurs de prédilection qu’il a montés avec cette Compagnie du regard créée en 1994 : Gérald Sibleyras pour L’inscription, Pinter pour Petites pièces, Serge Belbel pour Après la pluie.

 Prague sous la pluie qui passe et qui sourit. 6 pièces courtes de Jean Bois. Mise en scène J.P.Arphand. Musique Stéphane Dousset. Avec Aline Barbier, Agathe Roussillon, Chantal Szczurko, Stéphane Dousset, C.M. Falcucci.Le Funambule Montmartre. 53 rue des Saules. 75018 Paris. Métro Lamarck-Caulaincourt. Tous les dimanches à 17h30 et jusqu’au 28 avril.Réservations : 01 42 23 88 83. Vendredi et samedi 21h30. Dimanche 16h00. Jusqu’au 28 avril.

 

3 réponses sur “Prague sous la pluie qui passe et qui sourit”

  1. Un bel article…qui donne envie !
    Baroque, oui, et puis quelque chose des tableaux de Chagall, onirique et délirant en bleu, soleil d’ orage, et noir.
    AB

  2. les 3 dernières ce we…Il reste quelques places sur billet réduc…10€ un billet pour Prague…même sous la pluie !

    Et tout de suite après, je reprends mes chroniques ciné…Plein de coups de coeur, de colère, de sourires ou de larmes, et parfois les 4 et plus à la fois !
    AB

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