Allez les vieux !

On n’est pas sérieux quand on a soixante ans, mauvais titre sur une mauvaise couverture (une femme âgée qui fait une bulle avec son malabar) pour un excellent livre. Décapant. Salutaire. Ah les seniors (y a plus de vieux), tous riches, tous beaux, tous en forme… Si ce n’est pas le cas, on s’y met s’il vous plait, et vite fait. C’est cette injonction au « Bienvieillir » que dénonce Madeleine Melquiond. Dénoncer n’est pas le bon mot tant elle le fait drôlement. Désormais, qu’on se le dise, la jeunesse commence à 60 ans, en gros à  la retraite.  Donc on y va. Tout est possible et hautement désirable :  les joies de l’informatique,  l’épatante aquagym, les voyages qui « forment la vieillesse. Ils occupent le temps. Le temps qui nous est compté par les Parques, assises au fond du salon, dans un coin sombe, qui filent, filent, filent… » Ou bien l’université inter-âge :  « On reprend tout à zéro. On efface tout et on recommence, on reprend aux bases, on s’y met pour de vrai, cette fois on a le temps, haut les cœurs. » Las !  les  sujets pointus, beaucoup trop pointus, sont traités par des spécialistes, retraités eux aussi, qui viennent ressasser leurs thèses. Au choix selon l’auteure : bombyx du mûrier, Dioclétien et le déclin de Rome, l’art de construire une yourte… Elle exagère ? Oui, bien sûr, c’est le jeu, c’est le charme du pamphlet. Bref,  la vie est belle et le marché juteux qui consiste à s’occuper des seniors, à régenter (ça continue ) le temps de vie qui leur reste. Bonjour les coachs qui se pressent en rangs serrés pour leur apprendre comment soigner leur présentation, comment remplir leur temps, et surtout ne jamais, au grand jamais, parler de leur santé. « Nos mentors pratiquent le renforcement positif, à savoir qu’ils nous félicitent toujours, exactement comme nous devons encourager notre chien lorsqu’il ramène la balle. » Si Madeleine Melquiond a de l’estomac et la juste dose d’autodérision, elle a aussi de la tendresse à revendre et finalement une joyeuseté, une bonne santé qui nous ravissent et nous embarquent dans les tribulations du 3ème âge. Sans fard mais sans déballage.

Il y a des pages hilarantes.  Le chapitre Mourez bien assurés est un régal.  Le business des assureurs jouant sur « la grosse peur, la peur immonde, que nos enfants ne soient pas « en mesure » de nous rendre les derniers honneurs  » .  Donc on assure, on s’assure. «  A partir de 30 centimes par jour, laissez un bon souvenir » ! propose le dépliant d’un assureur. Il y a des pages courageuses : parler de l’arthrose de la hanche, c’est facile, de l’ incontinence, beaucoup moins. Ou  politiquement incorrectes sur le sens spirituel de la vieillesse, pages inspirées par une conférence de la spécialiste Marie de Hennezel : « Etre une source de joie pour les autres (…) Tandis que notre homme extérieur s’en va en ruine, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour. » Et dans un autre chapitre : Lâcher-prise, sérénité, indulgence (…) ce vocabulaire sent mauvais. Il a l’odeur rance d’un club du troisième âge, celle empreinte de salpêtre d’une sacristie avec un zeste du fumet de boudoir zen »Il y a des pages délicates  brodées au point de la nostalgie ; ainsi de ce sentiment de solitude, de finitude, qui soudain se pose sur le salon, après que l’auteure se soit réjouie d’échapper enfin !  aux embouteillages monstres des jours fériés.

Que faire alors face à la vieillesse qui s’installe ? Rien !  dit Madeleine Melquiond.  Négliger les conseils dont on vous abreuve, ne pas souscrire à un projet de vie en 12 étapes … « Vivre c’est vieillir et vieillir c’est vivre » . En deux mots conclut-elle : essayer de rester libre. « On n’est pas sérieux quand on a 60 ans », Madeleine Melquiond, Max Milo

 

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