Attentifs, rêveurs, lents, amoureux…

Hier dans le métro à Chatelet, j’entends une femme chanter derrière moi, en sourdine, pour elle, en espagnol, d’une voix si pure que malgré le bruit, je n’entends qu’elle. Le soir j’écoute un peu par hasard (mon MP3 tout neuf  se rit de moi et fait ce qu’il veut de mes poadcasts ) une interview de Christian Bobin à propos de son livre L’homme joie (éditions L’Iconoclaste). Le titre m’énerve un peu, l’auteur aussi parfois. Mais j’écoute. Je fais drôlement bien. Je vous en livre deux extraits . En guise de voeux … Merci monsieur Bobin.

 « J’ai entendu il n’y a pas longtemps un plâtrier siffler – mais comment dire ?  il y avait mille rossignols dans sa poitrine, il était dans une pièce vide, il enlevait un vieux papier peint, il était tout seul depuis des heures à cette tâche et il sifflait. Et cela m’a réjoui,  j’ai eu comme l’intuition que cette humeur-là lavait la vie, la rinçait et que cette gaieté de l’artisan réveillait jusqu’à  la dernière étoile dans le ciel, la plus lointaine de nous. Ce sont des micro- événements qui fracturent la vie, la rouvrent , l’aident à respirer à nouveau. Cela ça vient et quand ça arrive vous le savez parce que vous avez une sorte de gaieté qui vous vient à votre tour (…) c’est comme si tout à coup la vie passait à votre fenêtre avec une couronne de lumière un peu de travers sur la tête ! »

« Il est possible que le monde moderne soit comme une sorte d’entreprise anonyme de destruction de nos forces vitales sous prétexte de les exalter, de destruction de la capacité qu’on a d’être attentifs d’être rêveurs, d’être lents, d’être amoureux, de faire des gestes qu’on ne comprend pas, gratuits ; il est possible que tout le monde moderne, que nous avons fait se lever et qui nous échappe de plus en plus, soit une sorte de machine de guerre impavide, impassible. Et je pense que les livres, l’écriture, la beauté, la poésie, certaines musiques peuvent nous ramener à nous mêmes, nous redonnent des forces pour lutter contre cette sorte d’éparpillement où nous nous  trouvons, avec une âme déchiquetée , à tous les bouts de la planète, lancée aux chiens, comme ça… Je pense que la méditation, la beauté, la simplicité,  le resserrement sur quelques phrases,  sur un visage, un lien, sur la vie ordinaire, tout ça nous donne des forces pour résister. »

Le grand entretien. François Busnel. France Inter.

 

7 réponses sur “Attentifs, rêveurs, lents, amoureux…”

  1. Hier même secondes de bonheur, dans la cour de mon immeuble, une mélodie sifflée qui parvient à mon 4e comme un nuage de musique heureuse. On a envie de voler dans ce petit nuage, d’être aspirée vers celui qui transmet tant de joie d’être. Il reste un mystère et c’est bien aussi

  2. Coucou Dane! Après avoir lu l’extrait de l’entretien sur ton blog, je n’ai pu résister et j’ai écouté l’émission entière sur France inter. C’est vivifiant!
     » chaque jour a son poison, et pour qui sait le voir, son antidote. »
    Je crois bien que te lire fait partie de ma pharmacie!

  3. Chère Dane, quel cadeau que ces paroles de Christian Bobin dont je m’étais éloignée depuis un moment. Comment ne pas y trouver la force de résister…

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