DURAS ET LE CAMBOGE : UN FILM …

Marie-Pierre Fernandès l’a fait : un film-somme qui nous emmène sur les terres où se forgea l’écriture de Duras. Personne, à ma connaissance,  ne s’était encore intéressé à ces fondations-là  et je pense que les Durassiens les plus pointus vont en apprendre… Car la réalisatrice a mené ce travail avec passion et précision. Elle nous embarque dans son voyage qui va de Prey Nop (le lieu des concessions achetées par la mère, Marie Donnadieu, et qui a nourri le fameux Barrage contre le Pacifique)  jusqu’à  Saigon et Sadec. De 1927 à 1933, la petite Marguerite passera ses vacances scolaires au Cambodge, à Prey Nop, entre Réam et Kampot, dans l’exubérance de la végétation, l’exaspération des sensations. Elle en sera marquée à jamais. Marie-Pierre Fernandès va donc fouler ces terres : le rac, la rivière où elle se baigne avec le frère trop aimé, l’emplacement de la maison des Donnadieu, et celui des plantations qui, selon les pages du Barrage, seront tragiquement  balayées par les vagues du Pacifique ; la vérité était beaucoup plus nuancée, moins tragique, avance  la réalisatrice, mais  seule, argumente-telle, comptait pour Duras la dénonciation de la loi du plus fort. Ce lieu, j’avais moi-même essayé de le trouver lorsque je préparais Tourments et merveilles en pays khmer (Actes Sud 2009)  : je n’avais que  peu de temps, j’avais pitoyablement échoué et j’avais intitulé mon chapitre Je n’ai rien vu à Prey Nop ! J’étais donc très très concernée (et un peu jalouse) en regardant les images du film qui montrent ce que sont devenues ces hectares, les « rizières de la femme blanche » : une entreprise de réhabilitation des polders permet désormais de belles récoltes de riz, un modèle de développement durable nous dit-on. Très bien ! mais vite  retrouvons  la petite musique de Duras, celle d’India Song, l’ombre d’Anne-Marie Stretter, la silhouette de Michael Lonsdale, les fantômes qui hantent Bokor Palace ou les villas abandonnées de Kep… Avant d’arriver à Saigon  où  Marguerite suivit ses études secondaires au lycée Chasseloup-Laubat (quelques années avant Sihanouk me semble-t-il) et à Sadec où elle fréquenta  son amant chinois qui donna L’amant puis L’amant de la Chine du Nord. Formidable de pénétrer dans la maison du père de l’amant devenue musée et d’y entendre la jeune guide, qui a vu la version du film non expurgé des scènes «  chaudes » grâce à des touristes. Et plus formidable encore d’écouter une vieille dame, Kim, ancienne institutrice au très bon français, raconter que son père fut l’ami de l’amant…

Le film se ferme sur un texte de l’écrivain qui dit qu’elle sait où est l’Asie à Paris … Magnifique !

Un barrage contre le Pacifique hier et aujourd’hui. Un film de Marie-Pierre Fernandès.  L’Harmattan Video, rue des Ecoles, Paris et FNAC.

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