CHRONIQUE LIVRES

Emily. Il se trouve que je passe par l’Hôpital Cochin et croise sur mon chemin « une si vieille », comme disait Brel je crois, avec tous ses tuyaux sur un chariot. Je repense à l’interview de Philip Roth dans une  émission sur Arte le 18 octobre 2012 ( sans doute visible sur internet) et qui donnait envie de tout lire de lui  : « La vieillesse est un massacre … » glisse-t-il à un moment, sans autre commentaire.

Humeur  carrément opposée avec Emily de Stewart O’Nan (Editions de l’Olivier). Le papier du Monde, qui m’avait donné envie de lire ce roman, s’intitulait « Joies de vivre vieux » … Emily, 80 ans, on a l’impression de la connaitre, l’organisation méticuleuse de sa vie, de ses occupations, ses petits coups de blues, son énergie pour s’y remettre, sa joie au printemps  à travailler son jardin, ses relations avec ses enfants et petits enfants (la complexité de ce qui se passe dans toutes les familles est analysée avec une grande finesse) …  On aime son humour, son ton bourru pour parler à son chien adoré Rufus, on est touché par ses peurs, ses désirs, sa belle lucidité,  sa volonté de tout organiser, de supporter, sans les faire subir à personne, les désarrois de la vieillesse.  Mais, c’est vrai, il y a aussi des joies du vieil âge  : et d’abord une certaine liberté que symbolise la voiture neuve, une Subaru, intérieur en cuir noir, sièges chauffants, chaîne hi-fi. Un achat pas vraiment raisonnable… Comme ne l’est peut-être pas le superbe désir de changement de vie surgissant  quasiment à la fin du livre dans un très beau chapitre qui se passe au cimetière.

Mais. Mais voilà, aussi exaspérante et délicieuse, bref attachante, que soit l’héroïne, on n’est pas obligatoirement embarqué dans ce long récit – la précision scientifique avec laquelle est décrit chacune de ses occupations,  chacun de ses gestes, est à la fois fascinante et usante.  Peut-être l’âge du narrateur ( ?), encore loin  de ce temps normalement apaisé, en tout cas ralenti, explique qu’il se soit tellement plu à connaître de l’intérieur l’existence d’une  vielle dame, y découvrant des sensations, un territoire inconnus ? Mais on n’est pas obligé d’éprouver la même surprise que lui :  il suffit de regarder autour de soi pour voir vivre, avec un courage qui laisse souvent pantois, des dizaines d’Emily …

Réanimation. Le live de Cécile Guilbert (Grasset) traite, lui, de la maladie. Elle en parlait sur une radio avec une telle ferveur de ces jours de douleur qui lui avaient permis de dépasser,  d’atteindre..  on ne savait pas vraiment quoi mais on avait envie d’y aller voir . Oui, on avait hâte de savoir comment la belle plume de cette essayiste avait fait d’une telle épreuve – son compagnon Blaise atteint d’une « cellulite cervicale » et plongé douze jours dans le coma –  une œuvre  littéraire, selon le vieil adage :  transformer le plomb en or. Dès les premières pages, la définition de l’hôpital donnait le ton : «  (…) ce bloc de terreur impassible, mi- baleine, mi-requin (…) ce trou blanc aspirant les masses comme à l’abattoir, antichambre fatale de l’hécatombe où tout s’éteint dans le chiffrage statistique et l’anonymat.  On entrait sans barguigner dans la « réa » de Lariboisière qui allait devenir  pendant tous ces jours le centre du monde de la narratrice. Attentes sans fin, allers et retours multiples, coups de fil, mails, insomnies, cauchemars, images, questions, attente encore et toujours, le temps comme un goutte-à-goutte.

Des jours et des nuits d’angoisse  décrits au scalel et dans lesquels on se projette sans réserve. Avec, pourtant, un désir d’autre chose : une découverte, promise, nous avait-il semblé, par les propos de l’auteure à la radio. Page 64, la promesse est tenue : (…) je me souviens surtout d’une une  gifle  de liberté qui me frappe comme une balle, s’ouvre  comme un gouffre. L’étrange liberté de qui n’a plus personne ? On a hâte d’en savoir plus, on est, qu’on nous pardonne, émoustillé par ce culot ! Un peu plus loin, on retrouve brièvement cette excitante sensation :  une possibilité d’élargissement vers la fantaisie, le caprice, la lubie . Dans la suite du livre, on perd cette ouverture et on ne la retrouve que  dans les tout derniers chapitres quand l’auteure décide de « décoller » de  Blaise, de décoller tout court (il faut dire que les nouvelles du malade sont meilleures) : essayer une robe un peu folle, s’offrir une tarte au citron, aller à une soirée de fête, rêver à l’écriture de fictions, lire des contes…

On est donc un peu déçu donc par la « réanimation » de la narratrice à travers cette épreuve (peut-être qu’on a fantasmé cet aspect possible du livre ?) . Mais pour le reste, que de beaux moments d’écriture : la description à la fois minutieuse et onirique de « l’homme-machine » ce corps supplicié, harnaché de tuyaux et de sondes », l’épisode du crâne humain récupéré dans l’atelier de Blaise et installé à côté de la tête de Bouddha khmer, cadeau de son père qui l’a dénichée au marché russe de Phnom Penh … Enfin le plus émouvant : la relation de l’écrivaine à son homme, sa façon de le garder vivant, écoutant son dernier message sur le portable, respirant ses vêtements, se remémorant son corps souple qui surgit le matin de la salle de bains. Une écriture très travaillée tout au long des pages , parfois un  peu  trop,  au risque de  casser l’émotion. Et puis une fois, une seule, un cliché :  une « inquiétude palpable ». Bon, d’accord,  on mégote…

 

BRIC ET BROC

La fée Doïna. Rentrer de temps en temps ou régulièrement dans une maison qui a reçu la visite d’une bonne fée … cela vous tente ? Doïna est cette  fée : sa baguette, en forme de  plumeau, chasse les scories de la vie, le chaos du quotidien, les traces de nos agapes comme celles de nos croque-madame sur un coin de table… Un coup d’éponge magique qui redonne à votre home sweet home coupablement négligé – mais enfin on est comme on est on fait ce qu’on peut – la volupté de l’ordre et de la propreté. Pour connaitre le téléphone de  Doïna, appelez moi : Dane 06 09 18 45 59

 Les blaireaux. Existe-t-il qualification, malgré ses apparences bon enfant,  plus cruelle et plus drôle que celle-là ! J’en ai croisé de ces blaireaux, figurez-vous, pas plus tard que la semaine dernière sur mon ordinateur avec un message de Yahoo m’enjoignant de  leur communiquer dans les 72 heures mon mot de passe.  La raison :  dérouter le « pirate » (sic)  qui tentait d’accéder à mon compte. L’enquête, qu’ils avaient diligentée séance tenante ces braves garçons,  les avaient menés en Belgique.. Comme je suis plutôt naïve (Ah damned !  façon de rejoindre le camp des blaireaux), je demande avis à ma progéniture. Mails de rigolade empreints de commisération ! En gros : Yahoo n’a pas besoin de ton mot de passe et n’en aura jamais besoin ! Et d’ailleurs, mère, as-tu noté la signature ?  « L’Equipe des comptes « … Ils ont raison ! c’est presque aussi comique que le ministère du Redressement productif – remarque linguistique dénuée  de tout jugement politique.

Chiffre de la semaine. Si vous tapez Kandinsky sur internet, vous obtenez 1800 résultats…me dit-on sur je ne sais plus quel média. Frisson d’extase ou vent de panique ! Une chose est sûre : trier, hiérarchiser l’info devient un savoir-faire essentiel. L’enseigne-t-on ?

Joyeux anniversaire le Sipar !

Le Sipar, association née dans les camps de réfugiés, qui développe  l’accès à la lecture au Cambodge, a trente ans.  Son nouveau logo, réalisé par l’agence Melon rouge à Phnom Penh), associant pétales de fleur de lotus et pages de livre, est un très joli symbole de sa mission : faire pousser des livres au pays khmer. La partie la plus visible de son action est celle de ces bus bondés… de bouquins et sillonnant les routes khmères. Dernier projet : éveil et soutien scolaire pour les enfants hospitalisés au pavillon cardiaque de l’hôpital Calmette à Phnom Penh, en partenariat avec la formidable Chaîne de l’Espoir d’Alain Deloche . Le travail d’édition en khmer (à noter la parution d’un épatant petit  guide d’Angkor pour les enfants), n’est pas moins essentiel dans un pays où cette dernière se résume essentiellement à des photocopies.

Pour fêter avec le Sipar cet anniversaire un grand concert  : des extraits de Porgy and Bess de Gershwin, 60 instrumentistes et 80 choristes, le vendredi 14 décembre à 21h, Espace Reuilly, Paris 12, participation libre, sans réservation. A noter aussi  une séance ciné avec le dernier film de Rithy Panh, Duch le maitre des forges de l’enfer,  à voir absolument (Cinema Vox de Rambouillet à 21h, Cinéma Normandy de Vaucresson 18 novembre à 17h30); et une vente de l’adorable artisanat cambodgien, une aubaine pour les cadeaux de Noël (samedi 1er décembre de 10h00 à 19h00, Hotel Pullman, 2 bis avenue de Paris, Versailles). www.sipar.org.

 Agence  logo  www.melonrouge.asiawww..chainedelespoir.org

Bois d'êtres …

Ne résistons pas au jeu de mot car c’est bien un petit bois d’êtres qui accueille le visiteur pénétrant dans l’atelier de Xavier Dambrine. Les hêtres viennent du bois d’Ermenonville et les personnages debout ont surgi des troncs, amenés au jour par la main du sculpteur armée d’une tronçonneuse. Armée n’est pourtant pas le mot tant la quiétude qui émane de lui et son respect pour le bois qu’il travaille sont à l’opposé de ce vocabulaire. Non, entre l’artiste et la matière, ce n’est pas du tout la guerre …   Tu fais venir à toi (il montre avec un geste des deux mains un mouvement vers l’extérieur); de la même manière que l’arbre pousse en s’élargissant , la sculpture pousse vers toi. Et si tu pars de ce principe, tu en enlèves très peu : tout ce que tu vas faire, c’est pour lui donner l’occasion de s’élargir vers toi. Au départ je me dis : je vais faire deux traces, deux coups de tronçonneuse et ce sera tout !
A la façon de Michel Ange qui disait dégager du bloc de pierre la forme qu’elle contient, Xavier Dambrine a en effet l’impression que  « c’est déjà là » . C’est au fur et à mesure du travail que j’éprouve le besoin de préciser – mais je me retiens de préciser trop parce que le risque c’est de ne plus être dans ça, ce geste vers l’extérieur, qui est au fond un geste métaphysique ; le contraire de ce qu’est l’Occident maintenant (il montre le geste contraire, vers l’intérieur), dans la volonté de contrôle sur l’objet et même sur la nature. Avec ou malgré mon instrument hyper technique, hyper moderne, je suis pourtant en accueil, dans le laisser-venir disent les Orientaux . Reste le raté, l’erreur fatale. Combien en a-t-il brûlé de ces troncs ? « Aucun. Tous les troncs que j’ai ramenés de chez le bûcheron sont ici, aucun n’a fini dans le poêle. Il n’y a pas de droit à l’erreur ou, plutôt, il n’y a que de l’erreur ! Mais quoi qu’il arrive, le bois va s’en sortir, il va me donner quelque chose quand même… Là où j’en suis de mon parcours – et sans doute mon savoir faire permet cette posture – j’ai envie de me mettre en position de vulnérabilité pour qu’il se passe quelque chose. Et j’ai une grande confiance : ça va BIEN se passer. La seule chose que je sais au démarrage, c’est que ce sera un homme ou une femme debout, et à la limite je m’en fiche du genre : ce sera un humain debout . Et c’est déjà tellement énorme. C’est la spécificité de l’homme par rapport aux autres animaux de se tenir debout. Comme l’arbre, notre frère, est le roi des végétaux, nous devrions être le roi des animaux -même si nous ne sommes pas souvent à cette hauteur là. Nous avons les pieds dans la terre et la tête dans le ciel, notre crâne est sphérique comme est la voûte céleste et nos pieds sont relativement plats avec une surface importante par rapport aux autres animaux. La verticale c’est l’axe, nous formons axe : à partir du moment où nous sommes verticaux, tout s’oriente autour de nous ; l’horizontale a besoin d’une verticale pour l’épingler en elle-même. A partir de là, je crée toutes les variations dans les obliques pour faire vibrer cette verticalité.

Et assurément le bois d’êtres vibre : certains centrés sur eux-mêmes, d’autres au contraire s’élançant, en partance …On en prendrait bien un sous le bras et alors, me dit Anne-Marie qui m’accompagne à ce vernissage, c’en serait fini de la solitude ! Allez sur le site de Xavier Dambrine, vous y retrouverez cette série mais aussi tout son travail en plomb et en bronze, porté par cette belle obsession de l’homme debout dans la lignée de Giacometti. Et si l’envie vous prend de traverser l’écran et de rencontrer et l’artiste et ses œuvres, appelez-le au 01 44 51 27 03, tous les matins jusqu’à 13h00. 
www.dambrine.com

DURAS ET LE CAMBOGE : UN FILM …

Marie-Pierre Fernandès l’a fait : un film-somme qui nous emmène sur les terres où se forgea l’écriture de Duras. Personne, à ma connaissance,  ne s’était encore intéressé à ces fondations-là  et je pense que les Durassiens les plus pointus vont en apprendre… Car la réalisatrice a mené ce travail avec passion et précision. Elle nous embarque dans son voyage qui va de Prey Nop (le lieu des concessions achetées par la mère, Marie Donnadieu, et qui a nourri le fameux Barrage contre le Pacifique)  jusqu’à  Saigon et Sadec. De 1927 à 1933, la petite Marguerite passera ses vacances scolaires au Cambodge, à Prey Nop, entre Réam et Kampot, dans l’exubérance de la végétation, l’exaspération des sensations. Elle en sera marquée à jamais. Marie-Pierre Fernandès va donc fouler ces terres : le rac, la rivière où elle se baigne avec le frère trop aimé, l’emplacement de la maison des Donnadieu, et celui des plantations qui, selon les pages du Barrage, seront tragiquement  balayées par les vagues du Pacifique ; la vérité était beaucoup plus nuancée, moins tragique, avance  la réalisatrice, mais  seule, argumente-telle, comptait pour Duras la dénonciation de la loi du plus fort. Ce lieu, j’avais moi-même essayé de le trouver lorsque je préparais Tourments et merveilles en pays khmer (Actes Sud 2009)  : je n’avais que  peu de temps, j’avais pitoyablement échoué et j’avais intitulé mon chapitre Je n’ai rien vu à Prey Nop ! J’étais donc très très concernée (et un peu jalouse) en regardant les images du film qui montrent ce que sont devenues ces hectares, les « rizières de la femme blanche » : une entreprise de réhabilitation des polders permet désormais de belles récoltes de riz, un modèle de développement durable nous dit-on. Très bien ! mais vite  retrouvons  la petite musique de Duras, celle d’India Song, l’ombre d’Anne-Marie Stretter, la silhouette de Michael Lonsdale, les fantômes qui hantent Bokor Palace ou les villas abandonnées de Kep… Avant d’arriver à Saigon  où  Marguerite suivit ses études secondaires au lycée Chasseloup-Laubat (quelques années avant Sihanouk me semble-t-il) et à Sadec où elle fréquenta  son amant chinois qui donna L’amant puis L’amant de la Chine du Nord. Formidable de pénétrer dans la maison du père de l’amant devenue musée et d’y entendre la jeune guide, qui a vu la version du film non expurgé des scènes «  chaudes » grâce à des touristes. Et plus formidable encore d’écouter une vieille dame, Kim, ancienne institutrice au très bon français, raconter que son père fut l’ami de l’amant…

Le film se ferme sur un texte de l’écrivain qui dit qu’elle sait où est l’Asie à Paris … Magnifique !

Un barrage contre le Pacifique hier et aujourd’hui. Un film de Marie-Pierre Fernandès.  L’Harmattan Video, rue des Ecoles, Paris et FNAC.

VISAGES DU CAMBODGE

Au moment où j’allais mettre en ligne un bref bilan du Festival Visages du Cambodge 2012, j’apprends la mort de Sihanouk. Il était, pour le moins, un grand visage du pays khmer. Voici pour le saluer un extrait de la pièce d’Hélène Cixous, L’histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge, extrait lui-même repris dans la Lecture qui termina bellement notre Festival. L’histoire vient de s’achever.

Clichés Nicolas Cornet 

Et maintenant, comment oublier le grand rêve qui est devenu moi-même ?                  

Je ne peux plus m’arrêter d’être le Cambodge. Je suis devenu moi-même ces fleuves, ces rizières, ces montagnes, et tous ces paysans qui me peuplent.                              

O mon peuple. O mes enfants !…

Ah ! Mais où est mon peuple ?

Où va mon peuple ?

Et moi où vais-je ? Quand le retrouverai -je ?

 

 

 

 

Festival Visages du Cambodge 2012

Une réussite. Celles et ceux qui sont venus savent que je dis vrai. Résumé et moments forts

.Après la déferlante d’images et de textes de L’ Empire du mileu du Sud,  la gageure relevée par l’historien Alain Forest pour   débrouillers les fils de l’écheveau des guerres d’Indochine où  le petit royaume khmer se retrouva finalement enfermé.

. La prestation de François Roux, l’avocat de Duch, sur lequel Bernard Mangiante a construit son superbe film Le Khmer rouge et le non violent, nous a tous remués. Elle était centrée sur ce qui motive et porte l’avocat : la désobéissance civile. Vous en trouverez bientôt de brefs extraits retrancrits à la rubrique Actus Cambodge.

François Roux, l'avocat de Duch et Bernard Mangiante, le réalisateur

. Le voyage dans le temps que nous ont offert le film Sihanouk, le roi cinéaste et les commentaires, anecdotes, souvenirs,  sensibles et documentés, du khmérologue Alain Daniel, du réalisateur Jean-Baptiste Martin et de la productrice Marie Mitterrand. Oui, les Cambodgiens se régalaient de cinéma avant que les Khmers rouges  en effacent,  croyaient-ils, jusqu’à la trace ; mais ce film et le tout récent et magnifique Le Sommeil d’or du jeune réalisateur Davy Chou  redonnent vie à ce passé . Dans la salle une  spectatrice nostalgique racontait ses séances au cinéma de Battambang, se rappelait ses rêves de princesse en regardant Bopha Devi  danser dans les films de son père le roi  …

. L’éblouissante prestation de Georges Bigot, acteur puis metteur en scène de la pièce d’Hélène Cixous L’histoire tragique mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge, qui suivit la projection de A la recherche du Soleil. Georges Bigot avec sa ferveur, ses colères, son amour du pays khmer.   

Georges Bigot raconte "son" Sihanouk après la projection de" A la recherche du Soleil"

. Le ciné-philo animé par Daniel Ramirez, à la suite du film de Bruno Carette Khmers rouges amers. Une séance plutôt agitée mais qui donna à chacun, me semble-t-il, la possibilité de s’exprimer sur le procès des Khmers Rouges.

 

 La lecture Voix du Cambodge, conçue par Brigitte Mougin  qui a clos le Festival. La Galerie de L’Entrepôt était pleine. Les comédiens (Brigitte Mougin, Aline Barbier, Randal Douc) furent justes et pleins de grâce. Une captation audio de ce spectacle devrait être bientôt consultable.

 Hélas à part François Roux, pas d’enregistrement de toute cette belle effervescence  – cette gratuité, cette éphémérité  font peut-être aussi le charme de ces journées ? Difficile en tout cas  de tout assurer malgré l’efficacité exceptionnelle de l’équipe bénévole. Au générique donc avant le baisser de rideau :  Gestion et organisation Françoise Malbezin,  Finances Anne-Marie Allouet,  communication, librairie,  Annie Maarek et  Agnès Roy.

Digression : Vider les prisons de moitié. Le dimanche 7 octobre 2012, sur France Inter, la plaidoirie dominicale de la station était assurée par Pierre Olivier Sur. Je dresse mon oreille khmère car cet avocat a dirigé l’un des groupes de parties civiles au procès n°1 des Khmers rouges et il est l’auteur  d’un livre intitulé Dans les yeux du bourreau (Jean-Claude Lattès) . Le thème de Maitre Sur rebondit sur une phrase de notre ministre de la justice Christiane Taubira :  Nos prisons sont pleines mais vides de sens . Je trouve sa courte plaidoirie – nous sommes à la radio et pas dans un tribunal – pour diminuer de moitié le chiffre de 66 748 détenus, remarquable.. Je n’ai aucune compétence en la demeure et il faudrait sans doute affiner tout cela  mais les arguments avancés donnent au moins à penser :

. 20% des détenus relèvent  d’une pathologie psychiatrique et devraient être soignés  dans un établissement de santé

. 25% sont en détention provisoire en attente de jugement : ils pourraient, sauf danger pour la sécurité publique, être dehors

. 20% sont en fin de peine et pourraient également être dehors avec un bracelet électronique

BREVES DE QUARTIER

1 € sinon rien ! Brocante dans ma rue. Plaisir fou de vendre enfin la robe vintage Laura Ashley, doux lainage écossais, fronces aux épaules, taille bien prise, mise tant et tant de fois du temps d’antan, sa souple ampleur éteinte dans un placard depuis des années-lumière. Petit pincement puis vif soulagement quand une  jeune et jolie Anglaise l’essaye (elle lui va à ravir), et l’embarque pour 12 €

Plaisir fou de dépenser une partie des sous gagnés. Jouissance absolue de s’offrir un sac Mandarinaduck – je les caresse toujours au BHV, vraiment  trop cher, à trois chiffres,  et voilà je l’ai, pour 1 € ! un peu usé, à peine, et j’ai  l’impression de faire la nique aux  mandarins du bagage à main … Même plaisir avec un sweat Vera Moda, jaune canari, plein de poches, si seyant, à 3 € :  je le négocie à 2,50 à une jeune femme asiatique délicieuse, dommage je rate chez elle une veste en fourrure à 10 € ;  en rentrant, je croise une copine qui frétille dans un manteau redingote du Comptoir des Cotonniers à 7 €.  Si ! Et, pour finir,  un couple charmant me vend 4  livres d’enfants pour 1 € et, ajoute le papa, je vous dirais bien prenez ça (un seau rempli de jouets) pour 1 € de plus ! Marché conclus. Rien que le tracteur majorette qui réjouira mon petit-fils….

D’accord, c’est pas ça qui va relancer la consommation, mais je crois que c’est quand même quelque chose de juste . On recycle et les gens sont heureux , rigolent, discutent.  Etsans doute,  certains en ont vraiment besoin. Alors messieurs les économistes : camembert !

PS. Dans le même trip, j’achète deux coussins à 4,50 € chez Ikéa. Une amie pleine d’humour à qui je le raconte par mail, me répond : Fais gaffe quand même avec les cousins à 4, 50 € !

Intégration. Le lendemain, revenant de la gym toujours dans ma rue, je croise le cordonnier qui m’interpelle avec son accent de l’autre côté de la Méditerranée : T’as pas vu Chantal ? Devant mes yeux écarquillés : Celle qui est malade ! J’écarquille un peu plus : Celle qui est avec Coco ! Je suis obligée d’avouer que Euh non, je ne vois pas qui c’est . Il fait un geste de la main et a un sourire qui traduisent son incrédulité, voire sa pitié. Je fais profil bas : moi qui pensais être bien intégrée dans mon quartier ….

Réclames, sablés et potage Royco.  Le niveau sonore des publicités avant le film est ahurissant. A l’UGC Gobelins en tout cas ce 10 octobre 2012 pour le new Kirikou.  Une invasion absolue sans aucune possibilité de fuite. Quant au niveau débilitant de ces réclames, il reste égal à lui-même, à part quelques rares exceptions – si vous me le dites je veux bien vous croire…

Par contre ce qui a changé c’est que, figurez-vous, on ne trouve plus de sablés dans les boulangeries ni dans les pâtisseries. J’entends quoi par « sablé » ?  Si vous me posez cette question chère lectrice cher lecteur, c’est qu’il y a gros fossé générationnel… Insistons. Les sablés, au beurre, vous savez, dur, friable, fondant . Le contraire du cookie ou de la madeleine, bien que pour moi ils aient la fonction de cette dernière : à la kermesse dans mon école les bonnes sœurs préparaient et vendaient,pour les petits noirs en Afrique ! des sablés au sucre glace. J’en tremblais de convoitise. Un jour j’ai lâché l’objet de mon péché de gourmandise avant même la première bouchée … Vous voulez connaître la fin de l’histoire ?  Procurez-vous Les aventures mystiques d’une toute petite fille, Dane Cuypers,  éditions Melville. Dernière anecdote dans la même veine, je demande à un caissier de Monop (vous trouvez pas crispantes ces abréviations : Je suis pas dispo pour aller au monop ) où sont les soupes. Là bas, il me dit, où dépassent les boîtes Roïco je m’explique : il prononce le bon vieux Royco des familles Roïco, comme le Bolchoi ou comme Roy Lichenstein. Allez bonne journée ! ( oui « à vous ! » pas à la reine d’Angleterre.)