Dernière chance !

Vous avez déjà été près de 500 spectateurs à être venu découvrir ou redécouvrir » Cambodge me voici » dans sa tournée 2012  ce printemps – un peu de chaleur dans l’atmosphère glacée !

 Dernière chance ! samedi 28 avril à 18h30 au théâtre  La Reine Blanche

Ci-dessous la critique que j’en avais faite pour le site de La Théatrothèque

 Si la pièce de Jean-Baptiste Phou nous touche au cœur,  c’est parce qu’elle est vrai au sens du « Mentir vrai » d’Aragon. La salle ne s’y trompe pas qui vibre et rit et pleure même parfois. A travers la vie fictive de quatre femmes, ce que nous raconte ce jeune auteur (par ailleurs comédien et merveilleux chanteur), c’est la difficile relation  de la diaspora khmère à son pays . Nés ici de parents  réfugiés, ou ayant quitté le Cambodge avant ou après le cataclysme khmer rouge, les Khmers de France vivent sans doute tous quelque chose de très fort avec « un pays  fantasmé, détesté, retrouvé », comme le dit  l’auteur   lui-même. Une quête que chacun vit comme il peut,  une lutte – qui peut prendre des années – contre  les peurs, les tabous, les clichés,  le confort, les habitudes.  Jean Baptiste Phou a eu le courage et l’énergie de mettre des mots sur cette réalité-là très peu traitée, pas toujours flatteuse, assez peu vendeuse …

A un moment, celui du  procès des Khmers rouges, où  la parole sur les années Pol Pot  émerge  enfin (même si mal, même si pas assez, même si tronquée),  c’est bien qu’un jeune homme parle sans pudeur, sans langue de bois, de son pays  – car c’est le sien, nul doute, malgré la parfaite intégration. En parle par la voix de quatre femmes  qui se rencontrent par hasard dans la salle d’attente du consulat du Cambodge à Paris. Toutes viennent chercher leur visa . Il y a  Mom, si  fragile sous son côté bling bling,  jouée  par  Vantha Talisman, une actrice du petit et grand écran (« L’odeur de la papaye verte ») qui va chercher un » petit bout «  du Cambodge, un enfant ; il y a Sovandara interprétée par Ravie Khing  qui en a plein la bouche de son François, le Français qu’elle va épouser ; l’émouvante Sonadie San dans la peau de Sophea, une jeune fille de mère cambodgienne qui n’a jamais été là-bas ;  le beau personnage de  Metha, de sang plus ou moins royal, privilégiée qui n’a pas connu le séisme, que joue très justement  Roat Chaya. Il y a l’amour et la haine mêlées pour ce petit pays pas comme les autres,  la culpabilité de ne pas avoir été victime, la souffrance et la rage de l’avoir été, la volonté farouche de s’en détacher enfin, à jamais, et l’impossibilité de le faire,  l’émotion qui submerge quand on pose le pied à Phnom Penh, les odeurs, les couleurs, la tiédeur de l’air… Commencée sur un mode léger, un peu café du commerce (piques, réparties, plaisanteries), la pièce devient sombre (notamment quand une voix inquisitrice et froide, celle de  Rotha Moeng, fait surgir le passé),  puis grave. D’une gravité heureuse portée dans la dernière scène par Sophea , la jeune femme métisse  si brûlante du désir de  rencontrer cette terre dont  elle ne connait pourtant  rien  sauf un lapin pendentif autour de son cou, pendentif, donné par sa mère cambodgienne. Ce lapin c’est le lièvre facétieux des contes cambodgiens. Cette pièce c’est  un conte, un voyage qui nous embarque d’une banale et morne  salle d’attente jusqu’au pays merveilleux de la terre et de l’eau. Un pays qui a besoin pour se relever, pour retrouver sa place (qui fut grande),  des forces et des talents des Khmers de France et d’ailleurs. C’est ce que nous dit « Cambodge me voici » et c’est bien !

 Théâtre La reine blanche- 2 Passage Ruelle, 75018 Paris. Métro La Chapelle, Max Dormoy

 

L'eau des pâtes…

Café bouillu…. Rangeant des papiers, je retrouve une chronique de Defeil du Ton dans Le Nouvel Observateur  avec une irrésistible citation de Topor : « Toujou couri/Pour gagner sa vie/.Quand bien couru/Vie l’est foutue ». Ce sera ma seule contribution politique quelques jours avant le premier tour des présidentielles.

Virginia Woolf sans sa chambre. Dans Le Monde des livres du 13 avril un papier de Virginie Despentes toute courroucée. Elle n’a pas tort. L’auteure de Mrs Dalloway entre dans La Pléiade, bonne nouvelle, mais sans « Une chambre à soi » ( comment ça vous ne l’avez pas lu les filles ? Merci de foncer chez votre libraire ou à votre bibliothèque municipale), sans ses oeuvres non-romanesques à savoir essais,  correspondance,  journal. Pour raison d’économie, le troisième tome est passé à l’as. Virginie a raison de s’insurger pour Virginia, d’autant qu’elle nous apprend que cette dernière est seulement la neuvième auteure de genre féminin, sur 200 environ, à rejoindre la collection de Gallimard, après Austen, Bronté, Colette, Duras, Sand, Sarraute, Sévigné, Yourcenar. (Œuvres romanesques de Virginia Woolf, Gallimard, 2 tomes de 1552 pages chaque, 61 euros l’un jusqu’au 30 août, 67,50 ensuite)

Ce gentil coup de gueule est suivi d’une interview  de Vinciane Despret, qui a signé avec Isabelle Stengers,  Les faiseuses d’histoires. Que font les femmes à la pensée ? (La Découverte, 2011) ouvrage inspiré, nous dit la journaliste Julie Clarini, par Virginia Woolf qui nous exhorte, nous femmes, à persévérer : « faire ce qu’elles ont toujours fait ( penser au-dessus des casseroles, en poussant des berceaux, dans les autobus..)  et surtout  garder une pensée qui  ne soit pas corrompue par le pouvoir et les effets de manche». Je suis séduite par cette idée, par ce rapport particulier au savoir, à la réflexion, mais je sais aussi – et je ne suis pas la seule-  combien  cette posture  est épuisante et combien il est important  de pouvoir aussi réfléchir, exprimer des idées dans un cadre prévu pour cela. Sous peine que les pensées s’évaporent avec l’eau des pâtes…

Le roman de la maison. Je lis ce livre de Rezvani (Actes Sud), celui qui a écrit Le Tourbillon chanté par Jeanne Morea,  pour les besoins d’un documentaire sur le logement.  Rezvani raconte comment une petite maison invivable, dans la forêt des Maures, dotée d’un nom un peu niais,  La Béate, loin de tout, sans électricité,  a pu devenir  « une merveilleuse maison d’amour » où  il vit (au moment où il écrit en l’an 2000) avec Lula, sa femme sans jamais la quitter. La langue est belle et l’ouvrage pétri de nostalgie . Nostalgie car l’amour et la maison ont beau être  toujours là quarante ans plus tard, il y a ce temps, ce foutu temps qui a passé. C’est moi qui le dis ainsi ! Rezvani, qui fut d’abord peintre avant d’embrasser les mots, donne à cette disparition de ce qui fut de tendres couleurs. Evoquant les délices du jardinage à La Béate, ses roses de Chine, ses glycines, il parle d’ « enlisement délicieux » et il explique « (…) comme si de mettre nos gestes dans nos gestes, au lieu d’épuiser les sensations  les rendait au contraire plus présentes à cette montée d’émotions que nous apporte, en plus du vécu, la surprésence du revécu. Ou encore : « (…) alors qu’ayant dépassé la soixante-dizaine, je crois vivre toujours un même instant de félicité qui sans fin s’étire, je constate que c’est seulement ici, dans ce vallon porteur d’éternité, qu’il me semble avoir réussi à égarer la mort … tellement l’embellissement de toutes choses en ce lieu fait obstacle à  l’idée de dégradation et de mortalité. »

Mais quand même ! bien sûr. Le temps qui passe et ne reviendra plus est là en filigrane, donnant aux plus lumineux souvenirs ce tremblé qui fait venir les larmes (mais donnant  aussi encore plus de lumière et d’intensité au présent). Chaque jour qui vient/ Je me sens comme ça/ noyé de tristesse/tout le jour pour rien/Que restera-t-il/ de notre jeunesse/notre folle jeunesse, écrit l’auteur de chansons dans sa maison…

Lisant ces lignes, je me souviens d’un stage d’étudiante fait chez Flammarion (stage épouvantable avec une attachée de presse odieuse dont  je n’ai pas oublié – alors que je mourrais de joie de pénétrer dans ce que je pensais un haut-lieu  de la littérature –  le « Sois belle et tais toi » qu’elle m’avait balancé à une occasion que j’ai parfaitement en mémoire mais dont je vous fais grâce). Bref on nous avait annoncé un beau matin la venue de  l’auteur  Serge Rezvani et  j’étais dans un état d’excitation et de timidité extrêmes. Rezvani, celui qui avait écrit de Les années lumière et  Les années-Lula, allait arriver avec sa femme,  qu’il célébrait à longueur de pages. Naturellement je me projetais un maximum : j’étais en train de vivre l’amour fou que j’allais de fait épouser et bientôt j’allais écrire, être publiée, j’étais faite pour ça…Ils sont passés devant moi qui étais en train d’écluser un énorme tas d’ enveloppes (c’est à peu près tout ce que j’ai fait pendant ce stage et j’ai fini par les balancer, les enveloppes,  à la tête de l’attachée de presse).  Ils sont passés, beaux, souriants, littéralement irradiés d’amour  et de gloire, me suis-je dit béate comme leur maison, pareillement un peu niaise . Mais pas tant que ça puisque cet amour a, le fait est, défié le temps.

Epilogue.  Le hasard fait que vient de sortir le dernier livre de Rezvani  « Ultime amour » (Belles lettres) qui raconte après la mort de Lula et son immense chagrin  sa renaissance  avec Marie José Nat.  C’est la vie me disais-je, un peu marrie,  mais me disais-je également –  à constater l’état à nouveau rayonnant du personnage aperçu à la télé –   le terreau du bonheur  est propice au bonheur ! Me revient une bribe de phrase  du livre : « (…) toute notre énergie fut consacrée à demeurer en plaisir. » Gonflé non ?