"A la une du New York Times"

France Soir papier n’existe plus.  C’est vrai que le grand journal de Pierre Lazareff n’en était plus un mais n’empêche : ce n’est pas très gai. Le film A la une du New York Times prend encore plus de sens. J’avais envoyé mes étudiants journalistes le voir. En voici trois échos.

Nathalie Ratel. Le New York Times est comme une famille. Avec son lot de frictions, de tragédies, de réussites. Avec son patriarche, en l’occurrence le rédacteur en chef Bill Keller, et ses figures parfois égratignées par la vie, comme David Carr, ancien toxicomane et SDF. C’est ce qui me vient à l’esprit en visionnant A la une du New York Times, un documentaire d’Andrew Rossi en salles depuis le 23 novembre. Ce film dépeint une tranche de vie particulièrement mouvementée du mythique quotidien américain, au cours de laquelle cent collaborateurs ont quitté le nid, restrictions budgétaires et restructurations obligent. Un abandon forcé, en cette période où « les rubriques nécrologiques sont pleines de noms de journaux » et où la presse écrite se cherche un avenir. A la Une… est un portrait angoissant pour quiconque aspire à devenir journaliste de l’écrit. Un portrait poignant, aussi, où les pleurs de ceux laissés sur le carreau se mêlent aux sourires radieux de ceux récompensés par le Prix Pullitzer.

Julie Dohen – En sortant de la salle de cinéma, une sensation étrange nous envahit. Un sentiment paradoxal teinté de pessimisme et d’optimisme.

Pessimisme, parce que ce film, « A la une du New York Times », montre le déclin de la presse écrite. Un à un, les quotidiens américains mettent la clé sous la porte. Les dirigeants des groupes de presse, qui ne connaissent rien au journalisme, conduisent leurs journaux à la médiocrité et, pour certains, à la banqueroute. La crise est aussi passée par là et a emporté les budgets publicité. Et puis, la révolution numérique. Internet, tablettes… les journaux peinent à y faire face.  Et le constat n’est guère plus rassurant en France : France Soir et maintenant La Tribune.

Optimisme, parce que le documentaire met également la lumière sur des journalistes engagés qui se battent pour défendre leurs idées. A travers l’éditorialiste  David Carr, le réalisateur veut montrer que le journalisme « traditionnel » existe encore. Prendre deux semaines pour boucler une enquête est un luxe aujourd’hui. Pas pour le New York Times. Pas étonnant que Le Monde et Le Figaro aient publié tour à tour une sélection d’articles du quotidien américain.

Reste qu’Internet bouleverse les codes de la presse écrite. Le film retrace le passage de la version papier à celle en ligne. Le réalisateur a pris le parti de ne filmer que la rédaction papier. Il survole l’avenir de la presse en ligne et des journalistes web qui bloguent ou twittent. Un tour dans la rédac’ Internet n’aurait pas été de trop pour permettre aux spectateurs de mieux cerner les enjeux.

 Audrey Mangin – Le documentaire met en évidence le mal de la presse écrite aujourd’hui à travers la vie du plus grand quotidien national américain. Wikileaks, les affaires Judith Miller,  Jason Blair, le Watergate, l’importance des réseaux sociaux tel que Twitter (permettant entre autres de réduire les frais de déplacement), le site internet payant…  les médias ont du évoluer avec les nouvelles technologies.  Reste à savoir si après 146 ans d’existence, le si mythique New York Times tombera ou pas?

 Ce documentaire   soulève de nombreux problèmes tels que la baisse de la publicité, l’augmentation de la concurrence, l’information gratuite… mais ne donne pas de réponse sur l’avenir du papier. En tant que journaliste, on sort du film très déstabilisé  car on ne sait pas si le métier tel qu’on le conçoit aujourd’hui sera le même demain. On espère que les lecteurs seront toujours attirés par les articles intéressants et de bonne qualité, et ne céderont pas à la facilité de s’en tenir à une information moins bien traitée, mais gratuite (sachant qu’elle ne l’est jamais). Comme le dit si bien le documentaire, la presse n’est pas là pour faire des bénéfices, mais pour informer le lecteur. Or dans le monde d’aujourd’hui, les quotidiens doivent fonctionner comme des entreprises pour survivre. En travaillant rigoureusement et qualitativement, les journalistes du NYT sauvent tous les jours leur quotidien. Je suis comme eux animée par l’envie de faire du bon journalisme …

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