Trop de style !

Norfolk. Fabrice Gabriel. Seuil. 2010

D’abord on lit des phrases comme :

 Et dans le Boeing près d’arriver, s’éveillant, le garçon jaune, un peu hirsute, d’une voix blanchie par le sommeil, demanda à son père  si l’Amérique était là et s’il pouvait avoir un peu d’eau

Et comme

(…) l’arrivée dans le port, l’apparition magique de la statue de la Liberté, la révélation de la ville comme un bloc de minerai brillant, bientôt changé en silhouette dansante, féminine, telle la vignette dentelée d’un rêve, un miracle !

Ou mieux encore :

(Le chagrin, on peut se le demander, est-ce que ce n’est pas la seule chose au monde qu’on possède vraiment ?)

Cette dernière réflexion est donnée entre parenthèses – elles sont légion dans l’écriture de l’auteur et ce n’est pas pour nous déplaire (on adore un usage excessif de ces modestes apartés, touche à rien, saintes nitouches, pleines de sens, à contre sens, en contrepoint)

Bref on est d’abord content. Jusqu’à ce que page 103, embarqué dans le métro en direction de Cosney island ( un trajet qu’on adore), sa plage et ses attractions, on lise :
Il suivait sur le plan le parcours de la rame, sans savoir à quoi pouvaient correspondre, à la surface, les noms qu’il voyait défiler lentement, au rythme d’un wagon qui semblait, déjà, annoncer la foire future : De kalb Avenue, Atlantic Avenue, Seventh Avenue, Prospect Park … C’était encore une fois la poésie des listes et des lieux, il ne s’en lassait pas (…)

Lui ne s’en lasse pas, nous si. Ce n’est pas le premier recours au procédé de la  liste que contient le livre. Et soudain c’est too much. Trop « atelier d’écriture », trop  de jeux  associatifs qui font passer d’un paragraphe à l’autre, trop de maitrise, trop »bien écrit ». L’émotion est presque là. Presque. Neutralisée par le style ! (On  n’en revient pas d’écrire ça, si  contraire à notre credo littéraire mais le fait est). 

L’histoire aussi a priori excitante – Gilles part pour New York sur les traces de son oncle, à la recherche d’une vérité que livrera peut-être un tableau – se révèle un poil ennuyeuse. Les avatars du portrait d’un adolescent Blue Boy, oeuvre  du peintre anglais Thomas Gainsborough, peuvent  laisser de marbre. Ce fut le cas.

On peut sans doute adorer ce livre ( l’article du Monde des livres était dithyrambique), on peut aussi s’endormir dessus. Ce fut mon cas.

Coup de chapeau …

… à BERNARD BERGER pour le dernier numéro de son journal Accueil cambodgien (mars 2011)  qui donne le regret de ne pas avoir été présent – c’est mon cas –  aux journées  « Angkor à Saint-Denis » autour de la maquette du temple d’Angkor Vat conçue et réalisée par  Ouk Vannarith. L’architecte  résume ainsi son entreprise :  10 000 heures d’études, de recherches, de relevés, de tests et de formation des jeunes locaux qui travaillaient à ce projet,  60 000 heures de travail minutieux pour transformer l’alliage de cuivre et d’argent issus de vieux câbles électriques, de circuits électroniques usagés et de bijoux familiaux inutilisés. Résultat : un temple 65 200 fois plus petit et 20 millions de fois plus léger que son modèle et un hommage à la splendeur angkorienne. Il a ainsi remercié Bernard Berger pour son initiative : « Aujourd’hui grâce à vous la basilique Saint-Denis est le lieu de rendez-vous de deux civilisations. elles ont mille ans d’âge et 10 000 km les séparent: l’art gothique et le christianisme d’un côté, et l’art angkorien et sa religion de l’autre. « 

On apprend plein de choses dans cette livraison de la revue et – cadeau – la communication des deux exercices de méditation proposés dans le cadre de cet événement  par Swami Veetamohananda (ashram de Gretz) donne envie de s’y mettre tout de suite …

Pour se procurer le numéro, pour d’autres infos  ou pour participer à la mise en place du restaurant scolaire à Kampot : www.accueilcambodgien.org

Question de style

A lire pour mieux écrire ! un clic, c’est magique …

Rose pétant. C’est la couleur de Question de style new formule ! Et le contenu est à l’image du contenant : tonique, joyeux, exigeant … Il vous attend à la Fnac ou bien commandez-le chez votre libraire qui sera ravi, le brave homme, de découvrir ce petit chef d’oeuvre.

Le Cambodge en Transylvanie !

Que de talents !

Le Centre culturel français de Cluj en Roumanie m’avait donné carte blanche pour une semaine ciné cambodgien. Etaient donc présents Bruno Carette avec son exigeant et  courageux documentaire Khmers rouges amers,  Roshane Saidnattar avec un très sensible témoignage L’important c’est de rester vivant,  Randal Douc pour son interprétation du rôle de  Monsieur Jo dans  Barrage contre le Pacifique de Rithy Panh ; programmés également du même réalisateur Gens de la rizière et Les artistes du théâtre brûlé. La semaine de projections avait démarré avec  un film sur le Vietnam L’Empire du milieu du sud de Jacques Perrin et Eric Deroo d’une grande beauté et passionnant (quoiqu’un peu obscur pour non initiés) et qui s’arrête en avril 1975, à la chute de Saïgon, quinze jours après que les Khmers rouges soient entrés  dans Phnom Penh, réalisant ainsi une de leurs obsessions ( qui serait suivie de tant d’autres) : triompher des Américains avant le frère-ennemi, le Vietnam. (film encore en salles)

Cette semaine fut aussi celle d’un atelier d’écriture et de théâtre sur le thème du voyage mené par votre servante et la comédienne et metteur en scène Brigitte Mougin. Pour finir un extravagant et délicieux week- end en montagne.   Maisons en bois, soupe colorées, beignets, eau de vie à la myrtille, violons et, pour s’installer complètement dans la magie,  l’illusionniste Magic Mouss. Un talent fou. Une énergie hors du commun. Des tours étourdissants et beaucoup d’humour. On s’en est pris plein les mirettes, de la poésie, du merveilleux, des paillettes,  nous et les gamins d’une école roumaine. L’envie d’offrir ça aux enfants khmers.  Si un bienfaiteur veut jouer les magiciens et offrir du rêve qu’il se manifeste…

Enfin Michèle Lesbre qui était venue présenter son dernier livre « Un lac immense et blanc »  (Sabine Wespieser) s’est jointe à nous pour découvrir et la Roumanie et le Cambodge.

Tout ça (et tout ce que je ne vous dis pas) sous la houlette d’un autre  magicien patenté, Bernard Houliat, directeur du centre culturel français de Cluj avec son équipé d’enfer. Le paradis… Merci beaucoup . Okoun tchraeun !

Ci-dessous ou ci-dessus quelques photos sachant que leur montage surréaliste et un tantinet chaotique est l’oeuvre de l’ordinateur qui se rit de mes injonctions de mise en page.

Pour ceux qui ont gardé une âme d’enfant, à savoir tous les lecteurs de ce blog : http://magicmouss.fr