Sehnsucht

"L'histoire tragique mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge"
Georges Bigot et Mardy interprètes de Sihanouk à 25 ans d’écart

Sehnsucht c’est le mot qu’avait choisi Hélène Cixous pour résumer le film de Werner Schroeter (présenté dans le cadre d’un festival au centre Pompidou en janvier dernier)  «  A la recherche du soleil » qui retrace l’aventure d’Ariane Mnouchkine et de sa troupe.  Le  somptueux documentaire du cinéaste autrichien  est centré sur la pièce de l’écrivain « L’histoire  terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge » ( voir sur le site  la rubrique Cambodge)  donnée en 1985 à La Cartoucherie de Vincennes.

Sehnsucht .  Sur la terrasse du Mittapheap Hotel , à Phnom Penh,  en attente de rapatriement, ça  m’envahit et me déborde comme les eaux du Mékong qui se retournent ;  je vois les flamboyants le long de la pagode au toit  mordoré sur  fond de ciel gris, et lumineux pourtant ; je vois, adossés contre un mur,  les chauffeurs de tuk-tuk qui s’étirent ; je vois  une échoppe bariolée, la première d’une longue série , dans la rue des imprimeurs.

Sehnsucht. Nostalgie. Tièdeur de l’air, odeur de fritures, plainte d’un chant amoureux … Une jeune fille balaie son pas de porte, une femme au chapeau  fuchsia  pousse sa charrette à bras, un  bonze ramène le produit de sa quête dans un cylindre argenté.

Le petit serveur,  qui m’aide à  ouvrir mon pc ou à tartiner mon miel, qui  m’abreuve de thé et m’offre son  sourire d’ange chaque fois qu’il passe, est navré pour moi.  C’est ainsi  Vuthai   – karma ou maladresse –  je me suis cassée le bras sur le traître marbre d’une salle bains de  Battambang. Battambang où j’ai pour la seconde fois coulé des jours heureux. Battambang où se répète la pièce de Cixous sous la direction de Georges Bigot –  assisté de Delphine Cottud –  qui fut Sihanouk il y a 25 ans . Battambang où, sur un plateau, dans la chaleur de cette  fin de  février, de jeunes comédiens khmers issus de l’association Phares (qui prend en charge les enfants et adolescents défavorisés de la région) apprennent depuis des mois et l’art de la scène et un morceau de leur Histoire.

Je suis donc en plein rêve – rêve d’Asie, rêve de théâtre – quand  j’effectue ce vol plané qui met fin – provisoirement je me le jure et rejure ! – à mon reportage . Ah  cher Nicolas Bouvier, voilà qu’une fois de plus se vérifie votre phrase que j’aime à citer « Un voyage se passe de motifs.  Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait »

Allez on va se refaire…et vite fait !

Dans les loges du Théâtre du Soleil et de Phares à Battambang

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