Ô temps suspends ton vol !

DERNIERE HEURE !

Randal Douc, enseignant-chercheur en mathématiques et néanmoins comédien ( c’était lui Monsieur Jo dans Barrage contre le Pacifique), donne sa dernière pièce en lecture. Si vous pouvez libérer votre soirée du samedi 15  ou du lundi 17 janvier, vous ferez connaissance avec une écriture forte et douce, sensuelle et fantasmatique, à l’image de ce pays de tourments et merveilles … dont Randal vient.

Khyol, une pièce de randal Douc

Fort marrie je fus l’autre matin de brunch – je ne connais pas  de mot français suggérant autant de douceurs lactées et sucrées. Autant…  justement, c’est là, sur ces deux syllabes, que le bât blessa.  « Autant pour moi ! » s’exclame en effet, entre la semoule  fleur d’oranger et le pain aux noix, un de mes jeunes convives à propos de je ne sais quelle erreur. Qu’est-ce qu’il me prend ? je le reprends : « Quelle étrange expression, autocritique, mea culpa, mao-catho et patati et patata … »  Mon fils me signale alors que cet « autant » ne signifie pas pour autant tout ce que je sous-entends  car il s’écrit : « au temps pour moi » ! Je pouffe, rentre dans notre jeu préféré, faire croire à l’un de nos invités n’importe quel bobard. Mon fils, mi-figue, mi-raisin,  insiste : « Mais c’est vrai ce que je dis ! » J’opine longuement du bonnet sans en croire un mot, me réjouissant in petto que la private joke se prolonge.

Eh bien oui c’est vrai …L’ordinateur derechef allumé, Wikipédia ou un autre vient me confondre. Silence amusé. Ô temps suspends ton vol … La spécialiste peut remballer sa  spécialité. Au temps pour moi ! oui. Car il s’agirait bien d’une expression d’origine militaire, le commandement “au temps” indiquant (dans les exercices militaires, en gymnastique, en escrime etc.) un retour au mouvement (temps) précédent. Au figuré, « au temps pour moi », se dit pour reconnaître qu’on s’est trompé et qu’on est prêt à revenir au point de départ pour reconsidérer les choses. » (extrait d’un  article très documenté sur Rue 89 où j’ai ausi  appris que ce point d’orthographe passionnait les foules …)

 Je tente de rebondir de mettre les rieurs de mon côté !  « Et pourquoi pas, tant qu’on y est,  « au temps en emporte le vent » – qui fonctionne, vous le noterez,  remarquablement bien, au point que je me demande si … » D’accord.  Restons calme et  jouons-la modeste. « Encore un peu de pain aux noix Benoît ? »

Le temps reparlons-en, tiens.  Je trouve –  sensation qui pour être d’une grande banalité n’en est pas moins  obsédante – qu’il va de plus en plus vite. Le mode de vie et l’âge ?  OK.  Mais j’ai quand même envie de creuser. Un 2 janvier quand il est encore un peu hésitant le temps, c’est le moment de tenter de le rattraper.  Et puis il y a  toutes ces neiges qu’on dirait d’antan et qui apparemment réveillent notre désir de tout contrôler : le temps qu’il fait et le temps qui passe. Au Père Noël, j’ai donc demandé un livre intitulé Accélération de Hartmut Rosa. Dès que je l’ai lu, je vous dis de quoi il retourne.  Si tant est…

Ah n’oublions pas  mes vœux ! Que plus jamais, ami lecteur, tu n’emploies  l’expression « au jour d’aujourd’hui » ni «  au final ».  Merci, et  pour la peine voici un  étrange et pénétrant poème envoyé par un copain, roumain et écrivain :

                       FRONTIèRE  ENTRE  RêVES

          De là de loin  maman  me conseille

         de quitter les tranchées, d’aller vers les ennemis,

         des champagnes, des chandelles allumées à la main ,

         à la frontières entre des années ou des rêves

         enlevons nos masques pleins de poussière

         nous sommes seulement de l’herbe transformée en viande

         nous sommes le même fleuve qui fait s’endormir

        des orgueils, des poissons, du sable , des amours brillants,

         des os fébriles et noircis …

         que nous nous aimons sur le pont qui sépare les années

         aux lèvres clouées vers le sublime  figé 

          Alexandru Jurcan

Une pensée sur “Ô temps suspends ton vol !”

  1. Par les temps qui courent, il ne sert à rien de perdre son temps à essayer de rattraper le temps perdu : en ce début d’année, donnons-nous du bon temps ! C’est J.P. Sartre dans Le Mur (Petit Larousse des Difficultés de la Langue Française) qui avait écrit : « Au temps pour moi ! ». BONNE ANNEE CHERE DANE !

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