Performance lilliputienne et propos fumeux

Une performance au CentQuatre, le lieu culturel, contesté du 19ème ? Allez ! Pour tailler la bavette avec ma vieille copine Françoise pas vue depuis des lustres, je tente .
On entre, on s’installe (n’exagérons rien, on loge ses fesses sur d’étroits tabourets noirs). Walid Raad, l’artiste libanais, s’asseoit aussi . Il commence à parler. Il a une très belle voix, un sens de la narration certain, et il parvient pendant 25 mn à me faire croire que je m’intéresse à une histoire de fonds de pension pour artistes . Au début c’est clair mais vite ça se complique. Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui ne l’est pas ? Cette mutualisation des œuvres d’artistes contemporains ? Les renseignements israéliens peu ou prou dans le coup ? Un type qui aurait déposé l’après midi du 11 novembre l’expression « 11 septembre 2001 » ? Le projet faramineux de Dubai sur une ile avec un Louvre, un Guggenheim – ça c’est vrai je le sais. Nous sommes invités à suivre l’artiste pour nous intéresser à des maquettes contenant des reproductions lilliputiennes de ses toiles (on le croit sur parole car on ne distingue rien) : cela lui serait vraiment arrivé pour une expo à Beyrouth où tout son travail aurait ainsi été réduit. Vrai ? Faux ? Au demeurant j’en ai marre et je m’en fiche comme de ma robe de première communiante ( c’est dire …). Une idée intéressante nous est à ce moment proposée (qui rejoint la thématique habituelle de l’artiste sur la mémoire si j’en crois ce que j’ai lu) : certaines couleurs seraient affectées par la guerre et se cacheraient. La série de tableaux sensés illustrer le propos est juste profondément ennuyeuse. Dommage.
C’est fini. Le « plasticien videaste performeur écrivain » nous laisse là. Quel est l’objectif de la performance ? Que signifient les allusions à Israël ? Puisqu’il n’y a ni émotion ni beauté (attention gros mot) il devrait y avoir du concept non ? Non. Sur internet je lis des propos de Walid Raad: « En 2008 j’ai initié un projet de recherche autour de l’histoire de l’art contemporain et moderne dans le monde arabe. Ce projet considère comment la culture et la tradition dans le monde arabe ont pu être affectées de façon matérielle et immatérielle par les différentes guerres … » Oui sûrement . Et sans doute aurait-il fallu voir son installation dans le même CentQuatre … Sans doute. Mais que d’efforts on demande au brave peuple un dimanche pluvieux ! Il m’est avis que si ce lieu (en lui-même déjà réfrigérant malgré la jolie librairie Le Merle Moqueur, ou le sympathique Café Caché – encore que le décor de cantine communiste … ) continue à jouer ce genre de cartes, ce n’est pas demain la veille qu’il va attirer le public populaire du quartier. Je pense à la librairie La Lucarne qui, pas loin, fait un vrai travail avec des soirées intelligentes et accessibles à tous. Et gratuites.
Dix euros (tarif réduit !) c’est beaucoup pour une heure de propos fumeux .
En rentrant par le parc des Buttes Chaumont, je prends, malgré la pluie, un bain de couleurs ; je ramasse trois feuilles, deux jaunes et une d’un orange multiple qui me fait penser à la robe couleur du temps de peau d’âne ; je pose les trois feuilles sur le tapis de souris acheté à Grenade (reproduction d’un azulejo) : c’est ma performance à moi. Je prends une photo. Paefaitement. ( pas encore équipée repro de photos ici, too bad !)
A propos de propos fumeux, ceux sur l’augmentation du tabac le sont et nuisent gravement à la crédibilité des campagnes anti-tabac. On le sait que cette augmentation pénalise les fauchés – chômeurs, ouvriers – qui sont les plus gros fumeurs et qui n’arrêteront pas pour autant de fumer. Il serait temps de savoir pourquoi les gens de peu fument et de se demander comment on peut les aider pour de bon. Sans foutage de gueule.

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