a poor lonesome girl …

AUTISTE OUI JE LE SUIS . Rien je ne sais rien de rien sur le sport qui va déclencher le plus grand événement médiatique de la planète à partir du vendredi 11 juin. Je m’en fous du foot à un point tel que ça me donne une idée de l’infini… c’est dire. Et le vertige me prend : suis-je seule ? Où sont les indifférents, les allergiques, voire les hostiles – parce que ça use cette idée fixe en forme de ballon – mais où sont-ils ? J’en ai entendu deux l’autre jour sur une radio dont un homme, quel plaisir ! sur qui le raz-de-marée du football glissait comme un pet sur une toile cirée (ce n’est pas mon registre de langue habituel vous le savez mais l’expression employée quand j’étais enfant par un oncle un peu scato- ce qui m’horrifiait – s’est imposée). Le hic c’est que toute toile cirée qu’on soit, confronté à ce déferlement – savez-vous qu’il y avait 26 milliards de paires d’yeux accrochés à leur écran en 2006 et cette année en plus voilà l’arrivée des paris en ligne – on n’y résiste pas : la toile cirée craque. Qui dira la solitude des « no foot » ? Leur mise au ban ? Car « ne pas en être » n’est pas si facile ! Cela me fait penser à cet exercice que je donne à mes étudiants journalistes « Racontez une scène où vous vous êtes sentis parfaitement décalés, hors du monde, ne possédant pas les bons codes sociau, à la façon de « L’Etranger » de Camus… Car oui ! je vous le dis sans vergogne, ne pas aimer le foot pendant une coupe du monde relève de l’expérience philosophique …

Alors oui, je sais, cela se passe en Afrique du sud et c’est formidable 25 ans après la libération de Mandela que le monde entier ait les yeux tournés vers le continent africain. « Cette coupe du monde sera la clé de voûte de l’intégration de l’ensemble de la population sud-africaine » se réjouit le patron de la Fifa. Tant mieux si c’est vrai, tant mieux si les 3,5 milliards d’euros dépensés boostent l’économie – à voir mais subsistera en tout cas un capital sympathie, une image favorable aux investissements étrangers . Tant mieux mais cela ne change pas grand-chose pour nous les réfractaires ? Car ce n’est pas l’Afrique du Sud qui envahit ondes, écrans, papiers , mais les Bleus, leur hôtel trop chichiteux pour des grands gaillards comme ça qui ont besoin de s’endurcir , leur primes faramineuses dont je ne veux surtout pas connaître le montant de peur d’attraper une jaunisse, leurs états d’âme, de genoux, de malléoles et autres fariboles, leurs déclarations déclenchant chez l’auditeur un ennui abyssal– et pour cause leur métier c’est de taper dans un ballon pas d’être de fins causeurs …

Quelle fatigue, God, quelle fatigue ! Allez j’ose ? J’ose. Pourvu que ça ne dure pas tout le mois de juin cette affaire. Une fois passées les analyses et exégèses sur les raisons de cette catastrophe nationale – I mean les Bleus éliminés – on pourra enfin dans les bistros, dans la rue, dans les soirées, dans les foyers (l’enfer que cela doit être pour certaines nanas je n’ose même pas y songer avec en plus la nouvelle télé peau des fesses – allez chouchou c’est l’occasion, avec un crédit sur dix mois sans frais), on pourra enfin apprécier la fin du joli mois de juin , ses pluies, ses brocantes, ses carnavals, ses kermesses …

TRES SEULE AUSSI je me sens à ne pas supporter l’œuvre de Louise Bourgeois, l’artiste elle aussi phénomène planétaire, née en France, adoptée par l’Amérique. Sa mort a suscité un torrent d’hagiographies – je n’ai pas lu un seul papier qui prenne un peu de recul. Je copie-colle un passage du roman que je suis en train d’écrire où l’héroïne sortant d’une expo consacrée à la vieille dame au musée Guggenheim à New York fait part de son énervement…
« Ainsi qu’ elle l’avait pressenti, l’étalage du labyrinthe intérieur de Louise Bourgeois la hérissa. Elle sortit du musée Guggenheim très en colère. L’artiste peintre et sculpteur avait eu une enfance malheureuse et alors ? Etait-ce une raison pour nous infliger toute cette anatomie en morceaux, ces trous et ces bosses, ces phallus comme s’il en pleuvait, ces cavernes utérines, ce défilé d’étrons, ces mornes mamelons, tout ce bric à brac jeté en vrac, ou contenu, dernier avatar de l’oeuvre, dans des simili cellules. Vous passiez votre tête dans chaque alcôve et vous étiez happé dans un univers chaotique, frénétique, où le cumul d’objets n’avait d’autre fin que de vous faire oublier la pauvreté de la création – souvent des mains, en résine sans doute, ou en latex on s’en fout de toutes façons. La définition de Michel Leris sur l’instinct lui revint : à hauteur d’intestin ! Elle se précipita vers Central Park tout proche, dépassa le réservoir Onassis et ses joggers, se jeta sur la première pelouse, ferma les yeux, les réouvrit sur un train de nuages gonflés de lumière, Dieu que c’était bon de sentir la plante des pieds dans l’herbe fraîche, les seins qui s’étalaient et un filet de vent qui se glissait sous sa jupe, la soulevait, se retirait … elle avait tout d’une obsédée sexuelle, elle ferait bien de ne pas tenir la dragée haute aux fantasmes de la vieille dame française à qui New York rendait hommage. Ouais. La vérité est que Michael avait annulé le rendez-vous qu’ils avaient au musée et qu’elle aurait certainement trouvé un intérêt aux éruptions névrotiques de Louise Bourgois si elle avait su que la nuit à venir elle serait dans les bras de son amant, de son amour, à l’abri de toute folie, de toute dérive, risque d’envol, possible disparition, amarrée fermement à lui , une jambe repliée sur les siennes, son épaule à portée de lèvres, respirant à petits coups l’odeur pimentée de son corps , sculpture tendre et vivante ».

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