Zone extrême : ni fait ni à faire !

Très en retard mais quand même ! quelques mots sur le jeu de la mort, Zone extrême, le documentaire de Christophe Nick.

1 – Il s’agissait en s’inspirant de l’expérience de Stanley Milgram – menée aux Etats-Unis entre 1960 et 1963 dans le but de comprendre les horreurs nazies – de démontrer le pouvoir énorme et néfaste de la télévision. Le processus est très semblable : les participants sont invités à punir les mauvaises réponses faites par un candidat ( retenir une association de mots ). Chez Milgram l’expérience se targuait d’une caution scientifique, avec Zone extrême elle est présentée sous la forme d’un jeu télévisé où le candidat interrogé peut gagner beaucoup d’argent. Dans les deux cas ce qui est démontré c’est la terrifiante propension à l’obéissance et à la soumission, à l’encontre de ses propres valeurs, dès lors que l’institution qui se déclare responsable est reconnue comme légitime à donner des ordres. L’argument du réalisateur : que 81% des cobayes de ZoneXtrême contre 62%¨de ceux de Milgram aient été jusqu’au bout en infligeant des décharges électriques jusqu’à 480 volts à un concurrent (en fait un comédien) prouverait la nocivité particulière de l’institution télé.

C’est faux ! Pourquoi ? Dans le cas du jeu télé les candidats étaient mis au courant du deal dès leur recrutement– vous serez amené à envoyer des décharges électriques pour punir les mauvaises réponses. Ce n’était pas le cas pour Milgram. L’échantillon retenu pour le jeu était donc déjà trié, les « questionneurs » étaient avant même de commencer dans un processus d’obéissance et de renoncement à leurs valeurs. Ce n’est pas du tout pour défendre la calamiteuse télé- réalité mais ce qui est démontré là c’est simplement qu’il est temps de prôner l’insoumission car cette liberté et ce droit à la différence que nous réclamons dans tous les domaines sont toujours aussi dramatiquement absents dès lors que, répétons-le, une autorité estimée légitime se manifeste.
Cette confusion est fâcheuse.

2 – Plus fâcheux encore l’émission – l ’annonce de la soirée, le documentaire, le débat – a fonctionné sur ce qu’elle dénonçait : la fascination télévisuelle, le voyeurisme . Nous étions de fait avec un ami scotchés à l’écran lorsque les candidats ont eu des fou-rires nerveux certes mais tout de même fou-rires, lorsque, entendant les cris du faux supplicié, ils demandaient timidement la possibilité d’arrêter et lorsque l’animatrice raide comme la justice leur assénant « Ne vous laissez pas impressionner », ils tiraient la manette pour envoyer la décharge !
On a peur oui … mais pas plus de la télé que d’autre chose

3 – Et non pas fâcheux mais inadmissible la légèreté pour traiter le traumatisme des malheureux bernés confrontés à leur comportement, avec pour couronner l’affaire le film de leur débâcle projeté à une heure de grande écoute ! Naturellement on les rassurait, on leur assurait qu’ils étaient parfaitement normaux – tout en félicitant chaudement ceux qui s’étaient levés et avaient dit non.
Milgram avait d’ailleurs donné lieu à de sévères critiques. Un lecteur du Monde Magazine du 20 mars cite la psychologue Diana Baumrind évoquant à l’époque « le risque élevé de nuire à l’estime de soi des participants, ce qui pourrait provoquer des dégâts psychologiques à long terme. »

En résumé : un projet sans rigueur intellectuelle ni précaution minimum . Ou comme disait ma grand-mère : ni fait ni à faire.

Un jour d'épaules nues où les gens s'aimeront …

16 mars . C’est le printemps. Presque. Dans la rue de Belleville, mon pote Jacques et moi on se met à chanter « La matinée se lèèèève/ Quel printemps nous avons ! » Ce qui est beau dans la chanson me dit Jacques c’est que la matinée passe trop vite et ils n’ont pas assez de temps pour l’amour !
Jean Ferrat a été enterré aujourd’hui dans l’Ardèche. Retransmission à la télé. C’était d’une maladresse bouleversante : le maire d’Entraigues avait essayé d’écrire en vers et le frère s’empêtrait dans sa timidité et sa tristesse. Isabelle Aubret a chanté « « Que c’est beau la vie » que Ferrat lui avait écrit après son accident. Elle a toujours ses yeux de biche aux abois et sa voix un peu embrumée avec ce délicat tremblé : « Tout ce que j’ai cru trop vite à jamais perdu pour moi, aujourd’hui me monte aux lèvres en cette fin de journée ».
La veille l’émission hommage télé était belle . Je faisais partie des 5 millions de Français qui l’ont regardée et qui ont chanté sur leur canapé. Dieu ! les images de Jean Ferrat ( l a inventé son nom en étant ébloui par St Jean Cap Ferrat !) avant la moustache décidée en voyage à Cuba : la perfection de sa bouche, la flamme rieuse de son regard. Peut-on être plus jeune, plus confiant, plus entier ? Sa solide sensualité, sa virilité affirmée et en même temps, affleurant, le lait et le miel, la tonne de tendresse : une femme peut se laisser aller, elle ne risque rien.

Il était né Tenenbaum, son père était mort en déportation. « Nuit et brouillard » fut un temps interdit à la radio. Pourquoi ? Trop forte peut-être pour l’époque yé yé ? La réentendre et une fois encore être parcouru du même effroi. On connaissait toutes ses chansons par cœur et on ne le savait pas s’étonne Jacques ! Les mots les musiques tapissent notre mémoire, nourrissent les souvenirs de nos émois. « Mon amour ce qui fut sera… » « Nous dormirons ensemble… » « Changer la vie et puis abolir la misère… » « Un jour d’épaules nues où les gens s’aimeront… » Cette dernière phrase est un petit chef d’œuvre ; portée par Jean Ferrat elle touche au sublime : l’ampleur, la chaleur de sa voix la font vibrer des rêves de chacun, unique, et de tous, ensemble, les mots scintillent dans la palpitation de la lumière.
Cet homme était sincère jusqu’au fond des tripes et les gens de peu, comme on dit, le savent bien.

PS « Il dit ô femme et qu’il taise /le nom qui ressemble à la braise/A la bouche rouge à la fraise » …j’avais mis ces vers du chanteur en exergue à mon premier livre, le recueil de nouvelles « Parasols suivi de Intérieur Nuit » (qui a fini pilonné par les éditions Climats rachetées par un plus gros).

Dérive

Déçue – une fois n’est pas coutume – par mon émission chérie « Ce soir ou jamais … « sur les tribunaux internationaux. On doit y parler du TPI pour l’ex-Yougoslavie, avec Florence Hartmann qui en fut le porte-parole, du TKR (Tribunal des Khmers Rouges), avec Jacques Vergès, avocat de Khieu Samphan (ancien chef de l’Etat khmer rouge) et du Tribunal Russel pour la Palestine, avec l’Ambassadeur de France Stephane Hessel et Gisèle Halimi qui en sont tous deux membres.
Le Tribunal Russel pour la Palestine? Dans la lignée du Tribunal Russel sur les crimes de guerre au Vietnam il s’agit « d’un acte citoyen qui vise à réaffirmer la primauté du droit international comme base de règlement du conflit israélo-palestinien, et à éveiller les consciences sur la responsabilité de la communauté internationale dans la perpétuation du déni du droit du peuple palestinien. » (extrait du site www.russeltribunalionplestine.com)(*)
J’aurais appris ça mais c’est la seule chose que je vais apprendre. L’émission dérive rapidement vers l’éternel et stérile débat sur le conflit israélo-palestinien. Comme sur le plateau il y a aussi Denis Charbit, maître de conférences en sciences politiques à Tel-Aviv et Gilles-William Goldnadel (président d’Avocat sans frontières, qui dirige l’alliance France-Israël) le dit-débat vire évidemment au vinaigre.

Goldnadel écume en écoutant Halimi qui ne fait pas, il faut le dire, dans la nuance. Et qui soupire avec des mines excédées, quand Goldnadel prend la parole. Bref ça n’a aucun intérêt si ce n’est celui d’une excitation très médiatique à laquelle il est d’ailleurs difficile de résister. En tout cas ça prend du temps et le Cambodge passe à la trappe. Frédéric Taddeï fait deux timides tentatives pour souligner qu’il s’agit du premier tribunal international avec des parties civiles. Eh oui c’est vrai ! (même s’il y a des râtés) mais pas que : le TKR est un véritable laboratoire pour la justice internationale. Et, par ailleurs, qu’on juge 31 ans après un massacre qui a tué 1,7 million de Khmers, soit près du tiers de la population, mérite plus que la remarque de Vergès se demandant si François Bizot auteur du « Portail ») a témoigné au procès de Duch, (le directeur du centre de tortures et d’extermination S21 , verdict en avril 2010). Oui ! maître Vergès oui ! faudrait suivre un peu… Deux minutes donc en tout et pour tout sur le sujet.

Trois conseils à mon animateur toujours préféré ! et à vous, amis du Blog Atmotsphère, si ce procès vous intéresse :
– Lire mon livre « Tourments et merveilles en pays khmer » (Actes sud 2009) mais c’est déjà fait …
– Ecouter la video de l’expertise psychologique de Duch sur le lien ci-dessous :

– Aller sur le blog d’Anne-Laure Porée www.proceskhmersrouges.net qui depuis phnom Penh en suit au jour le jour les péripéties.

  • Je ne sais quoi penser de ce tribunal qui n’en est pas un. Le fait qu’il y ait, dans les soutiens, Noam Chomsky, révisionniste notamment sur le génocide khmer rouge, n’est pas emballant. Mais il y a Stephane Hessel …

Pêle-Mêle

LES COUCHES LAVABLES -SUITE

Rose-Anne, Clémentine, Aude et Sabine ont créé leur entreprise en Bretagne , une Scop qui fabrique des couches-culottes lavables en coton. Bio le coton évidemment. Et la lessive pour laver les couches dans le lavoir elle est bio ? Notez c’est bien que ce soit en Bretagne, région qui recèle plein de vieux lavoirs en plein vent. Info lue dans un dossier du Monde Magazine du 13 mars qui met en vedette des entreprises solidaires – hé a rédaction en chef faut relire un peu. C’est pas ça qui va me donner envie de passer mes vacances dans le Finistère …

JE T’AIME EDOUARD !
Il y a quelques jours à La Gitane, mon bistrot-bureau, j’ai vu Edouard. En hiver, voir Edouard c’est rare. Au printemps et l’été, le matin, il est souvent installé à la minuscule terrasse se chauffant au soleil comme un vieux lézard, allumant sa clope avec une jouissance délicate. Il connait tout le monde, il s’intéresse à tout, sa culture littéraire, musicale, historique est immense ; qu’il parle de la Toscane, d’Aragon, des femmes ou de la révolution russe, il est toujours précis, concret, jamais pédant ni pesant. Ses yeux rieurs – comme jamais j’ai vu des yeux rire et j’en ai vu – sa chevelure blanche et le cuir de sa peau lui donnent l’air d’un vieux loup de mer. Vieux il l’est, loup de mer non. Il exerça la profession de plombier et fit profession de bonne vie. J’ai eu une bonne vie, c’est ce qu’il dit. Et il ne remercie pas le ciel parce qu’il est un fieffé mécréant. S’il faut remercier quelqu’un c’est la chance et sa nature. La vie n’a pas de sens, dit-il, que celui qu’on lui donne. Ce matin là il m’a cité Shakespeare. «La vie est une histoire dite par un idiot pleine de fureur et de bruit et qui ne signifie rien ». La vieillesse, Edouard pense que c’est une saloperie mais il n’en fait pas une histoire. C’est comme ça. Il dégage le sujet et il pose une autre question sur vous. Au bout d’un moment il vous dit : Allez je te laisse travailler. Il vous balance le rire de ses yeux et il repart à son journal. Avoir vu Edouard c’est comme avoir entendu une très belle musique : la journée est sauvée ! (je crois que je pique ça à Sollers qui m’avait dit ça dans une interview )

LES NAUFRAGES DU « FOL ESPOIR »
Ma critique du spectacle d’Ariane Mnouchkine sur www.theatrotheque.com

MES POÊLES LES SEDUISENT …
C’est dans le métro, une affiche géante avec un post-soixante-huitard, dread locks poivre et sel, lunettes de soleil, gueule pleine de poils…
C’est une pub pour les poêles à bois Invicta
« Mes poêles les séduisent … » c’est Jean-Pierre Lepire , le PDG de la boîte qui le dit et qui s’exhibe.
On peut soit lui prêter beaucoup beaucoup d’humour ( mais autant d’autodérision est-ce possible ?), soit lui décerner le prix de la pub La Plus Pire du mois ( venant ainsi détrôner celle de Wall Street English, mais si vous savez bien celle qui donne envie de gerber avec un drapeau british à la place de la langue). Ah la délicatesse du monde enchanté de la publicité …