Cellule familiale

« La famille Wolberg », ce n’est ni « Tanguy », ni « Festen », c’est juste la vie, la mienne, la vôtre, sublimée par ce que j’appelle volontiers dans le cas présent le septième art. Le film est-il optimiste, pessimiste ? Ni l’un ni l’autre. « (…) c’est autant un film sur l’impossibilité d’être en famille que sur l’impossibilité de s’en détacher. » dit Axelle Ropert dont c’est – ahurissant ! – le premier long métrage. Résultat : c’est insupportablement triste, c’est incroyablement gai. Je discutais en sortant avec des plutôt jeunes qui, eux, trouvaient ça très lourd : « Tout est dit, expliqué » se lamentaient-ils. Rien compris. Outre que le fameux « non-dit » au cinéma comme au théâtre sert souvent de cache-misère au fait qu’il n’y a rien à dire, le passionnant, le noyau même du film, son ressort, c’est que dans cette famille on dit tout. Ou presque car quand même Simon, le père, cache un cancer du poumon– je me demande à la réflexion si cela est vraiment utile et d’ailleurs la réalisatrice n’en fait pas des tonnes sur le sujet . Mais en tout état de cause, avec ou sans cancer, Simon « un personnage de père solaire, mais un soleil sombre, tyrannique, paradoxal » dixit la réalisatrice, Simon donc, dans sa volonté de protéger contre vents et marées le cocon de la famille, est, serait insupportable, irrésistible, d’une tendresse à vous arracher les larmes, d’une volonté de toute puissance à vous enfuir à l’autre bout du monde. Bouleversante scène des 18 ans de sa fille où il lui raconte comment il l’a empêchée sans en avoir l’air de marcher trop tôt, puis de faire du parapente, puis de partir à Londres,… son dernier empêchement, il l’en supplie, c’est … je ne vous le dirai pas ! allez l’entendre. François Damiens et Léopoldine Serre forment ce couple père-fille inoubliable mais la mère et le fils, Valérie Benguigui et Valentin Vigourt, ne sont pas en reste, pour nous « ravir », pour nous enfermer durant une heure trente dans la cellule familiale …

NB une heure trente, preuve qu’on peut faire des films forts sans pour autant, comme cela devient fréquent, s’étaler sur deux heures ou plus.
« La famille Wolberg », un film de Axelle Ropert

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