Cellule familiale bis

Vu au Centre d’animation de la Place des Fêtes (Paris 19) un film documentaire de Stephane Mercurio qui à sa façon parlait aussi de la cellule familiale sur un mode bien plus tragique certes.
« A côté » raconte la vie, de l’autre côté du mur, de femmes de prisonniers. Le tournage s’est déroulé dans le centre d’accueil de l’association TI Tomm près de la maison d’arrêt de Rennes. J’y fus un peu par civisme, par volonté de sortir de ma petite sphère, j’y ai passé une heure-trente passionnante, remuante.

J’ai adoré ces femmes, ces mères, leur courage ordinaire, leur langage du coeur, j’ai adoré qu’elles se remettent du rouge à lèvre et s’inondent de parfum avant le parloir, j’ai adoré leur attachement obtus, sans condition à leur homme. J’ai détesté ces mères-courage, ces épouses tenues de séduire leur mari détenu, j’ai détesté leur résignation, leur reddition – l’une au beau visage marqué vit depuis 39 ans avec son mari qui en a passé 31 derrière les barreaux … Moment de soulagement quand, vers la fin du film , l’une d’elle s’insurge contre celui qui ne se rend pas compte de ce que c’est de s’occuper seule de trois enfants, de trouver le fric pour les factures, de venir ici et en plus de faire bonne figure.
Ce film est aussi, et ce n’est pas rien, la mise à plat de petits scandales qui détruisent ces femmes : la putain de borne informatique qui n’a pas enregistré leur rendez-vous (c’est moi qui le dis, ainsi pas elles qui sont juste abasourdies, matées presque et ça bouleverse) et elles ont fait trois heures de transport pour rien, les transferts dont elles sont prévenues quant elles arrivent à l’heure du parloir – pour apprendre qu’il a été envoyé à l’Ile de Ré et c’est trop loin et trop cher et elles ne pourront y aller qu’une fois par mois.
Car toutes ou presque sont pauvres. Et vous savez à quoi ça se voit ? Pas à leurs fringues – elles doivent se débrouiller au marché ou dans les soldes – mais à ce qu’elles boivent du café et fument tout en papotant, tout en disant toujours les mêmes phrases, tout en surveillant d’un œil nerveux les enfants. Les pas riches et les pas heureux c’est dix fois plus dur pour eux – on le dit peu – d’arrêter de fumer. Et ces femmes souvent jolies, encore rieuses, c’est insupportable de les voir s’esquinter ainsi, trouvant dans la clope allumée, le café longuement touillé la fenêtre de fumée, la liberté qu’elles n’ont plus. Car l’une le dit : on est comme eux enfermée mais de l’autre côté. Envie qu’elles balancent tout, qu’elles les abandonnent à leur sort leur tolard. Oui. Pas correct ! mais oui, envie.

Premier film sur ces femmes-là réalisé par une femme qui était présente après la projection. Est-ce que le film a changé quelque chose à la maison d’arrêt de Rennes ? Non ou si peu. Les fonctionnaires sont enfermés eux aussi dans une espèce de machine qui les empêche de penser ( c’est moi qui traduis ainsi ce qu’elle a dit et je n’ai pas pris de notes). Devant les maisons d’arrêt des femmes; les hommes sont-ils aussi nombreux aussi fidèles ? Non ils ne sont en majorité pas là…

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